Le Collège de sociocritique de Montréal, comme son nom l'indique, réunit plusieurs chercheurs, professeurs et étudiants aux cycles supérieurs qui s'intéressent diversement aux médiations entre la culture et la société. Par le biais de rencontres mensuelles et d'activités publiques trimestrielles (colloques, journées d'étude, tables rondes), les membres du Collège de sociocritique cherchent à comprendre si, dans quelle mesure et par quels moyens la littérature accomplit, discursivement parlant, un travail particulier que les autres productions écrites ne sont pas en mesure d'accomplir, ou accomplissent différemment. Mais, par-delà les textes et les discours, ce sont aussi les individus qui les produisent, de même que les imaginaires sociaux qui nous intéressent : l'écrivain, l'intellectuel, le chercheur, leur rôle dans la société et la manière dont ils définissent leur tâche et se disputent leur part de légitimité culturelle. C'est dire que nous nous soucions aussi bien de la chose écrite et de son action sur le social — et vice versa — que de ceux qui la produisent, la consomment et la commentent selon des modes et des codes de production et de consommation socialement définis, étant entendu que ces «codes» sont sujets à de perpétuels brouillages et ne se maintiennent qu'en se transformant au gré des attentes (du public) et des audaces (des créateurs et des textes). Notre visée, on l'aura compris, n'est pas de restreindre la portée du terme «sociocritique» à la seule étude des textes littéraires, mais bien d'ouvrir le questionnement à l'ensemble des médiations entre le social et le textuel. Ce n'est pas seulement pour nous le moyen d'obtenir un consensus entre les différents membres du Collège de sociocritique dont les intérêts divergent accessoirement, mais aussi l'occasion de reprendre sur de nouveaux frais un ensemble de problèmes et de questions laissés en chantier par suite de la disparition en 1996 du Centre interuniversitaire d'analyse du discours et de sociocritique des textes (CIADEST). La fondation en 2000 du Collège de sociocritique, la relance par Marc Angenot de la revue Discours social la même année, et l'intérêt suscité par nos activités tant chez les professeurs qui nous renouvellent leur appui au fil des ans que chez les étudiants qui participent à nos colloques et grossissent les rangs du Collège, nous laissent espérer que les bons jours de la sociocritique montréalaise sont encore à venir.