Texte d'orientation

 

Retour au social : programme vaste, embrassant le politique mais transcendant la politique ? Ce retour au social que prônent plusieurs écrivains actuels (Houellebecq et Despentes en France, Tom Wolfe et Brett Easton Ellis aux États-Unis) débouche sur une interrogation fondamentale : retour au social certes, mais à quel social ? Au cours des années 1930, la «critique au service de la Révolution» et les diktats du réalisme socialiste amalgamaient spontanément réalisme littéraire et foi révolutionnaire. Aujourd'hui, l'écriture de Virginie Despentes, d'Easton Ellis, parmi tant d'autres, est certes réaliste et décrit résolument le social : peut-elle pour autant être amalgamée à la gauche politique ?

Comment penser la littérature actuelle ? Tout se passe en fait comme si les écrivains actuels, après des décennies de recherche formaliste, cherchaient à se refaire une popularité. Le mouvement actuel de la littérature scandaleuse (celle qui se fait un devoir de choquer : Baise-moi, 99 Francs) et des littératures «journalistiques» (Tom Wolfe, Thomas Harris, Michael Connelly sont des transfuges du journalisme, et ces deux derniers du journalisme criminel) n'a-t-il pas pour but premier de rompre avec le formalisme ? Mais la rupture de cette nouvelle littérature «populaire» (revendiquant néanmoins avec force son statut littéraire) d'avec la littérature pour les littérateurs (celle du fameux «pôle de production restreinte» bourdieusien), et la dévalorisation dont cette littérature pour littérateurs est frappée (voir le texte lapidaire de Tom Wolfe, «My Three Stooges», dans Hooking Up), coïncident-ils pour autant avec un renouveau de l'engagement ? Si oui, nous serions en train d'assister aux retrouvailles jubilatoires de l'écrivain et du public. Cet écrivain, de nouveau en parfaite possession d'un langage instrument (un langage ayant prise sur le monde), serait en mesure d'indiquer les «sources du mal» (l'«empire du bien» pour Philippe Muray, le politiquement correct et l'idéologie du «sympa» pour Renaud Camus, la «manufacture du consentement» pour Chomsky, le «libéralisme érotique» pour Houellebecq), de même que les formes de sa propagation.

L'écrivain actuel est-il celui qui oppose une mission à la démission des ses prédécesseurs qui, désertant le monde, ont abandonné le sens au journalisme et les rennes de la société aux politiciens et aux financiers ? En replongeant dans le social, en le représentant sous son jour le plus terrible (on songe au totalitarisme festocratique de Muray, à l'«horreur économique» de Viviane Forrester, au paradis du kitsch de Milan Kundera), l'écrivain exécuterait un retour fracassant sur la scène du monde. Un monde à désenchanter à tout prix ?

Écritures hors foyer, ne pouvant plus être comprises à l'aune des catégories esthétiques et politiques du siècle passé ? Si tel est le cas, il s'agira de se munir de nouveaux outils pour appréhender l'imaginaire actuel.

 

Programme

 

8 h 30 - 9 h : Accueil et café

9 h - 9 h 15 : Ouverture

9 h 15 : Catherine Mavrikakis (Université Concordia)
«La littérature de l'aveu»

9 h 45 : Yan Hamel (Université de Montréal)
«La représentation du "devoir de mémoire" dans le roman contemporain (1997-2000)»

10 h 15 : Benoît Melançon (Université de Montréal)
«Notice sur la notice (Laurent Gautier) ou SDF, SMIC, RMI, DDASS, TUC»

10 h 45 : Pause

11 h : Michel Biron (Université du Québec à Montréal)
«Ris de veau et poutine»

11 h 30 : Jean-François Chassay (Université du Québec à Montréal)
«Penser la société après la fin : science et éthique chez Michel Houellebecq»

12 h - 14 h : Dîner

14 h : François-Emmanuel Boucher (Collège militaire royal, Kingston)
«La persistance des ténèbres : Ahmadou Kourouma et la littérature actuelle en Afrique de l'Ouest»

14 h 30 : Sylvain David (Université du Québec à Montréal)
«Américaine psy/chose, ou les Choses apprêtées à la sauce GQ»

15 h : Maxime Prévost (Université de Montréal)
«Tom Wolfe et le réalisme libéral»

15 h 30 : Pause

16 h : Table ronde, présidée par Benoît Melançon (Université de Montréal) : Comment penser la littérature actuelle ?

Michel Biron (Université du Québec à Montréal), François-Emmanuel Boucher (Collège militaire royal, Kingston), Pascal Brissette (Université McGill), Jean-François Chassay (Université du Québec à Montréal), Michel Pierssens (Université de Montréal), Mauricio Segura (Université McGill), Sherry Simon (Université Concordia)