Appel de communications

 

Pour sa journée d'étude du printemps, qui aura lieu le 7 avril 2006 à l'Université de Montréal, le Collège de sociocritique de Montréal propose une réflexion sur le thème «Littérature et don».

Élaboré par Marcel Mauss dans son célèbre Essai sur le don (1923-1924), le concept de don a exercé une influence certaine sur les sciences sociales, non seulement dans l'étude des systèmes de relations dans les sociétés archaïques, mais aussi dans la socio-anthropologie des sociétés capitalistes modernes. Postuler l'existence de dons, c'est-à-dire de prestations de bien ou de service sans garantie de retour, c'était aller à l'encontre des utilitarismes de toutes obédiences; parler du don comme d'un fondement de certains rapports et de certaines actions humaines, c'est refuser l'universel cynisme sans pour autant céder à l'illusion de la pure interaction : derrière son apparente gratuité, le don fait toujours en effet du donataire «l'obligé» du donateur qui exerce alors sur lui une sorte de violence symbolique. Replacé dans la triple obligation de donner, de recevoir et de rendre, le don peut infléchir et compléter la compréhension «stratégique» du fait social.

Le champ littéraire, lieu par excellence du désintéressement et du raisonnement anti-économique (Bourdieu), semble être l'espace idéal pour le développement d'une chaîne infinie de dons et de contre-dons : une préface, une place dans le comité de rédaction d'une revue, un vote de cooptation ou encore une dédicace se donnent-ils, et impliquent-ils par là même l'obligation de «renvoyer l'ascenseur» ? Peut-on ramener au don la formation de réseaux, de groupes et de sociabilités littéraires ? Et, plus largement, où situer la frontière entre la gratuité et l'intérêt dans le cadre d'un champ de forces et de concurrences ? Comment s'entrechoquent et s'entremêlent, en milieu littéraire, les actes relevant du don, de l'amitié, de la dette, de la gratitude, voire de l'hospitalité ? Telles seront quelques-unes des interrogations qu'ouvrira cette journée d'étude du Collège de sociocritique de Montréal.

On se demandera en outre, dans une seconde dimension, comment la littérature exprime le don. Dans quelle circonstance y a-t-elle recours ? Quelle place occupe le don quand la littérature parle d'économie ? Quelles formes les représentations du don sont-elles susceptibles de prendre ? Tant sur le plan de la théorie que sur celui des représentations, cette journée d'étude se donne pour ambition de traiter le don, dans les études littéraires, comme un nouveau paradigme, ou à tout le moins comme un concept à forte valeur opératoire.

Les études de cas sont acceptées, mais elles doivent impérativement mener à des questionnements d'ordre théorique ou méthodologique.

 

Programme

 

Matinée : Le don et ses avatars

9 h
Bruno Viard (Université de Provence)
«L'œuvre littéraire comme don. Pour un contre-Contre-Sainte-Beuve»

9 h 40
Michel Lacroix (Université du Québec à Trois-Rivières)
«"La plus précieuse denrée de ce monde, l'amitié". Don, échange, identité»

10 h 20
Pause

10 h 40
Djemaa Maazouzi (Université de Montréal)
«De l'hospitalité "acte poétique" au geste politique»

11 h 20
Bruno Tribout (National University of Ireland, Maynooth)
«Le pouvoir du don ? Réflexion sur le caractère autoritaire du don à travers la clémence du Prince à l'âge moderne»

Après-midi : Dire le don

14 h
Charles-Étienne Tremblay (Université de Montréal)
«Rimbaud, ou le don de l'impossible littéraire»

14 h 40
Hémery-Hervais Sima Eyi (Université Omar Bongo de Libreville, Gabon)
«La représentation symbolique du "don" et ses enjeux sociotextuels dans le roman gabonais de 1980 à 2005»

15 h 20
Geneviève Lafrance (Université de Montréal et Université Paris IV-Sorbonne)
«Pour une approche historique des représentations de dons ou comment lire après Mauss la bienfaisance romanesque au XVIIIe siècle»

16 h
Discussion finale

 

Organisateur : Anthony Glinoer