Première publication dans Texte, revue de critique et de théorie littéraire, no 45/46, 2009, pp. 27-46.

 

Pourquoi parler d’une sociologie du texte au lieu de s’en tenir à une discipline plus ou moins institutionnalisée comme la sociologie de la littérature ou de l’art ? Dans Pour une sociologie du texte littéraire (1978), dans le Manuel de sociocritique (1985)1 et dans certaines autres publications, je propose une sociologie du texte pour deux raisons complémentaires :

1) Il s’agit de relier la littérature à la société par le biais de la langue au lieu de parler de « thématique », de « contenus », de la « vision du monde » ou de « l’idéologie » de l’auteur. Cette mise en rapport de la littérature et de la société au niveau linguistique est un vieux projet formaliste : « La vie sociale entre en corrélation avec la littérature avant tout par son aspect verbal2 », constate Tynianov dans son célèbre article sur « L’Évolution littéraire ». Dans les années 70, j’ai ébauché une sociologie du texte pour concrétiser ce vieux projet dont la plupart des sociologues de la littérature (de Goldmann à Bourdieu) ne pouvaient ou ne voulaient pas tenir compte. Enfin, il s’agit de répondre ─ dans un contexte sociologique ou sociosémiotique ─ à la question de toujours : « Qu’est-ce que la littérature ? »

2) Mais il s’agit aussi ─ et c’est ce qui relie la sociologie du texte à la sémiotique structurale ─ de dépasser le domaine littéraire vers une théorie sociologique des textes idéologiques, théoriques et autres. À ce niveau, la sociologie du texte se transforme en une critique du discours idéologique et une épistémologie sociale qui s’interrogent sur le discours théorique. Parallèlement à la question « Qu’est-ce que la littérature ? » elle se pose la question : « Qu’est-ce que la théorie ? »

Par cette définition textuelle ou verbale de son domaine, elle se distingue radicalement de toutes les sociologies et sémiotiques qui s’orientent vers l’art et la littérature en tant que forme artistique qui interagit avec le film, la peinture, la photographie ou la musique. En refusant d’être une sociologie de l’art en général, la sociologie du texte accepte une limitation, voire un appauvrissement pour gagner un avantage méthodologique non négligeable. En évitant de parler de systèmes de signes hétérogènes (comme la littérature, la peinture et la musique), elle peut se concentrer sur les systèmes verbaux : sur les discours littéraires, idéologiques et théoriques ─ et sur leurs interactions dans les domaines lexical, sémantique et syntaxique (narratif). Dans une situation sociale et linguistique de plus en plus marquée par la division du travail scientifique qui rend des recherches sur l’art ou la culture en général de plus en plus précaires (dans chaque domaine artistique nous nous heurtons aux spécialistes jaloux de leurs compétences), c’est un avantage théorique.

Dans cette présentation, qui a pour objet toute la sociologie du texte, je voudrais commencer par quelques considérations terminologiques valables pour tous les domaines mentionnés ici : pour la littérature, l’idéologie, la théorie, etc. Il s’agit donc de comprendre ces trois domaines (et bien d’autres) comme des pratiques à la fois discursives et sociales.

Théorie et terminologie

(a) La situation socio-linguistique

Les textes religieux, scientifiques, commerciaux ou littéraires ne sont pas produits dans le vide ou tout simplement dans le contexte biographique de leurs auteurs. Les auteurs qui les produisent individuellement ou collectivement articulent, bien entendu, certaines intentions, des idées et des intérêts plus ou moins repérables à la surface des textes en question. Mais ce qu’ils articulent dans leurs discours est toujours déjà une réaction ou une réponse à d’autres discours présents ou passés qui sont cités, développés, critiqués, parodiés, démembrés et recomposés.

Disons donc avec Bakhtine et Volochinov : « Dans la réalité, ce ne sont pas des mots que nous prononçons ou entendons, ce sont des vérités ou des mensonges, des choses bonnes ou mauvaises, importantes ou triviales, agréables ou désagréables, etc. Le mot est toujours chargé d’un contenu ou d’un sens idéologique ou événementiel3. ». Chez Bakhtine et Volochinov nous avons affaire à une représentation ou plutôt construction dialogique de ce que j’appelle ─ en suivant quelques travaux de Bakhtine ─ la situation socio-linguistique.

Qu’est-ce que la situation-socio-linguistique ? C’est une constellation historique, dynamique de langages dont chacun articule des intérêts de groupe particuliers en interagissant de manière affirmative ou critique avec les autres.

C’est cette interaction de langages qui finit par changer le système de la langue qui n’est pas une entité statique, mais une structure ouverte en mouvement. La théorie bakhtinienne de la langue est donc elle-même une réaction dialogique et polémique à la linguistique synchronique de Saussure qui n’a pas l’air de tenir compte du fait que la parole en tant que discours n’est pas tout simplement une application des règles du système, mais qu’elle finit par changer celui-ci en changeant sa sémantique.

A l’heure actuelle, nous sommes parfaitement conscients du fait que c’est en réagissant aux langages qu’ils critiquent que le marxisme, l’existentialisme, la psychanalyse et le féminisme constituent leur identité sociale et linguistique. En luttant pour leur identité, ces langages finissent par transformer le système de la langue. Après l’apparition du marxisme, le mot « bourgeoisie » a perdu son innocence et ses connotations révolutionnaires, le mot « situation » peut vite acquérir des connotations existentialistes, dans le mot « refoulement » ses vieilles significations (par ex. « faire reculer », « interdire l’accès ») ont été « refoulées » au profit du sens psychanalytique ─ et le féminisme n’a pas encore fini de changer nos langues européennes en imposant des innovations (par ex. « écrivaine » que mon ordinateur s’obstine à souligner en rouge).

Mais cette dynamique de la langue sur laquelle insistent à juste titre Bakhtine et Volochinov n’existe que grâce aux conflits qui opposent les groupements sociaux les uns aux autres en leur faisant articuler leurs intérêts économiques, politiques ou esthétiques. Pensons aux formalistes et aux futuristes russes qui s’opposaient aux positivistes, aux symbolistes et aux marxistes en créant tout un vocabulaire d’avant-garde dont nous disposons encore aujourd’hui. Pensons aux différentes situations socio-linguistiques dans le domaine francophone où le surréalisme s’opposa au réalisme, l’existentialisme à l’hégélianisme et le Nouveau Roman ─ avec le structuralisme ─ à l’existentialisme et son humanisme anthropomorphe. Dans tous ces cas, les innovations lexicales et sémantiques ont fait naître de nouveaux discours qui se définissaient surtout négativement, c’est-à-dire par opposition aux discours anciens considérés comme périmés.

Ce choix d’exemples situés aux confins de la littérature et de la philosophie montre à quel point les formations discursives sont enchevêtrées, inséparables et à quel point il est erroné de parler ─ comme le faisaient les formalistes russes ─ d’ « influences » politiques ou sociales sur la littérature. La littérature ne subit pas mécaniquement des influences : elle est sociale, philosophique et politique dans la mesure où elle absorbe (consciemment ou inconsciemment du point de vue des auteurs) des langages non littéraires. Le problème des formalistes et même des structuralistes (tchèques) consiste à ignorer cette interaction permanente de langages sociaux dans la situation socio-linguistique.

(b) Le Sociolecte

Pour ne pas parler de manière trop abstraite de « langages » en général, j’appelle les langages de groupe qui interagissent dans une situation socio-linguistique des sociolectes. Dans le domaine francophone, ce mot a été introduit par A. J. Greimas qui s’en sert pour désigner un « langage professionnel », spécialisé4. Or j’ai proposé d’élargir l’extension sémantique de ce concept pour augmenter son poids théorique et le définis comme représentation linguistique de positions et d’intérêts socio-historiques des différents groupements sociaux.

En simplifiant quelque peu, on dira qu’un sociolecte a trois dimensions : 1) le répertoire lexical (particulier à un groupe ou à plusieurs groupes) ; 2) le code en tant que fondement sémantique du sociolecte (en tant que taxinomie) ; 3) les structures discursives (les mises en discours) réalisées par des sujets individuels ou collectifs dans le cadre d’un sociolecte donné (préexistant aux sujets parlants).

Disons d’emblée que le sociolecte n’est pas un objet que l’on trouve « dehors », quelque part dans le monde social, mais une construction théorique en tant que type idéal ou modèle. Un sociolecte religieux, idéologique ou scientifique n’existe presque jamais à l’état pur dans la mesure où il s’agit d’une structure ouverte qui communique sans cesse avec d’autres sociolectes dont elle absorbe des éléments plus ou moins importants : des unités lexicales, des phrases ou des séquences narratives.

Le répertoire lexical d’un sociolecte a une valeur symptomatique : en parlant de la « plus-value », du « champ littéraire », du « refoulement » ou de « systèmes autopoïétiques » un locuteur ou une locutrice se réclame implicitement d’un sociolecte en tant que langage collectif.

Pourtant, un sociolecte est bien plus qu’un vocabulaire, un répertoire lexical. Il est en même temps un répertoire sémantique ou un code : un ensemble de distinctions et d’oppositions codifiées permettant aux locuteurs ─ aux écrivains ou théoriciens ─ de s’orienter dans leur secteur de la situation socio-linguistique. En codifiant l’univers linguistique, le sociolecte décide de la pertinence (non-pertinence) de certaines distinctions ou oppositions sémantiques. Ainsi l’opposition sexe/gender n’est pertinente que dans certains sociolectes, tout comme l’opposition conscient/inconscient, automatisation/désautomatisation ou capital constant/capital variable, etc. Il est évident que toutes ces distinctions et oppositions sont liées à un certain répertoire lexical et sémantique appartenant à une théorie qui est en même temps une idéologie.

Ce répertoire constitue le fondement de tous les parcours discursifs (narratifs) que les locuteurs d’un sociolecte produisent dans le cadre de leur langage collectif. Le sociolecte en tant que répertoire est ouvert et peut engendrer un nombre infini de discours littéraires, théoriques, idéologiques, etc. en tant que séquences narratives. Ainsi chaque locuteur du sociolecte psychanalytique peut produire un nombre illimité de discours analytiques plus ou moins originaux et chaque locutrice peut tenter d’orienter ce langage collectif vers un sociolecte féministe plus ou moins radical. Par sa pratique discursive particulière elle contribue au changement du sociolecte et à sa réorientation vers d’autres langages, vers d’autres intérêts.

A ce niveau, un sociolecte peut être défini comme une constellation ouverte de discours, dont le nombre est illimité. En construisant son discours personnel, particulier, chaque locuteur, chaque locutrice contribue à la transformation du sociolecte féministe, psychanalytique, marxiste, libéral ou anarchiste.

(c) L’Intertextualité

Dans la plupart des cas, cette transformation se produit au niveau de l’intertextualité en tant qu’interaction dialogique de textes anciens et contemporains, écrits ou parlés, consciemment ou inconsciemment agencée par l’auteur. La notion d’intertextualité5 est d’origine bakhtinienne et a été introduite, dans ce contexte, par Julia Kristeva qui écrit à propos du théoricien russe : « Bakhtine situe le texte dans l’histoire et dans la société, envisagées elles-mêmes comme textes que l’écrivain lit et dans lesquels il s’insère en les écrivant6. ». De ce point de vue, la littérature, l’idéologie et la science sociale apparaissent comme des expériences intertextuelles qui constituent le sujet individuel et collectif, tout en lui permettant de se constituer en décidant en faveur ou contre une certaine pertinence.

(d) Le Sujet

La subjectivité individuelle ou collective se constitue d’abord dans le cadre d’un ou de plusieurs sociolectes et sur le plan de l’intertextualité. Dans ce contexte, toute conception déterministe du sujet (comme étant constitué par un sociolecte idéologique ou autre) est aussi erronée qu’une conception idéaliste ou volontariste qui représente le sujet comme étant absolument libre. Disons plutôt qu’un sujet individuel se constitue dans une situation socio-linguistique dans et par rapport à un certain nombre de sociolectes religieux, idéologiques, littéraires, théoriques, etc. Les processus de socialisation sont bien connus : quand on est jeune on tend à s’identifier avec un sociolecte idéologique, philosophique ou scientifique, avec le marxisme, l’écologie, le féminisme, avec les existentialistes, la sociologie de Bourdieu ou Touraine ou la phénoménologie. Plus tard, on adopte une attitude critique, on commence à prendre ses distances, à comparer, à combiner des langages collectifs, etc. Déterminisme et liberté sont donc deux moments complémentaires dans la constitution sociale et linguistique du sujet individuel.

La littérature dans la situation socio-linguistique : sociolectes, discours et intertextualité

(a) Qu’est-ce que la littérature ?

Dans cette perspective, la littérature en tant que texte fictionnel pourrait être définie comme une réaction intertextuelle aux sociolectes et discours d’une situation socio-linguistique particulière. L’écrivain ou l’écrivaine se constitue en tant que sujet en adoptant une attitude spécifique à l’égard des discours qui l’entourent et qui articulent (en tant que réalisations de sociolectes particuliers) des intérêts collectifs.

Le linguiste roumain-allemand Eugenio Coseriu qui ne s’est jamais présenté comme un sociologue de la littérature ou un sociolinguiste nous offre une définition de la littérature (du texte poétique) qui me paraît particulièrement pertinente dans le contexte ébauché ici. Il écrit : « C’est ainsi que le langage poétique apparaît non pas comme un usage linguistique parmi d’autres, mais comme langage universel, comme réalisation de toutes les possibilités linguistiques7. ». Bien qu’il semble difficile de lire tous les textes littéraires comme « réalisations de toutes les possibilités linguistiques », il semble parfaitement possible de les lire comme des réactions aux discours et aux sociolectes de leur époque et des époques passées.

En adoptant cette perspective à la fois linguistique et sémiotique, il est possible de définir le texte littéraire comme une structure autonome qui, loin de refléter le réel (selon les lois mimétiques d’un réalisme quelconque), réagit à ses différents langages. Cette réaction implique que le texte du poème ou du roman ne s’identifie à aucun langage, mais répond aux discours et aux sociolectes qui l’entourent.

L’un des meilleurs exemples de cette intertextualité autonome et critique est la trilogie (postmoderne) de l’auteur allemand Jürgen Becker que l’on pourrait appeler avec Coseriu ─ sans trop exagérer ─ une « réalisation de toutes les possibilités linguistiques ». Dans cette trilogie expérimentale ─ publiée sous les titres Ränder, Felder, Umgebungen ─ l’auteur pastiche et parodie presque tous les sociolectes de son époque, c’est-à-dire des années 60 : le marxisme des étudiants révoltés, le marxisme officiel, les discours conservateurs d’Adenauer, les discours de la publicité, les discours météorologiques ainsi que les discours didactiques et littéraires.

Face à cet exemple, on pourrait sans doute objecter que les œuvres classiques de la littérature sont assez loin de ce modèle d’intertextualité ludique. Mais en regardant de plus près les romans et les drames canonisés, on constate que la plupart d’entre eux peuvent être lus comme des réactions intertextuelles critiques à des sociolectes précis et à leurs discours.

Pour pouvoir démontrer à quel point la perspective adoptée par la sociologie du texte est généralisable, je vais esquisser plusieurs analyses modèles qui devraient permettre de concrétiser la théorie et sa terminologie. Je parlerai de la Recherche de Marcel Proust, des drames mondains d’Oscar Wilde et Hugo von Hofmannsthal, de La Nausée de Sartre et de L’Etranger de Camus. Dans les limites de ce petit tour d’horizon, je ne pourrai évidemment présenter que des esquisses : des résumés de quelques travaux publiés.

(b) Marcel Proust et la conversation mondaine

Dans L’Ambivalence romanesque8, j’ai essayé de montrer que le fait sociologique qui compte dans A la recherche du temps perdu, n’est pas le rapport entre l’aristocratie et la bourgeoisie, mis en relief par des analyses sociologiques, mais le sociolecte qui relie les deux classes sociales : la conversation mondaine. Issue de la vie désoeuvrée d’une classe de loisir (Veblen) située entre l’aristocratie et la grande bourgeoisie, la conversation mondaine a une longue histoire. Cultivé par les contemporains de Madame de Sévigné et Mademoiselle de Scudéry, ce sociolecte atteint une perfection et un raffinement particuliers au début de la Troisième République, dans les salons du Faubourg Saint-Germain.

Marcel Proust qui fréquente ou cherche à fréquenter les salons (souvent hermétiques) du Faubourg, s’éprend de ce langage raffiné, comme il s’éprend de la noblesse mondaine et désœuvrée qui le parle. La meilleure façon de relier sa Recherche à la société de la Belle Époque consiste à la considérer comme une réaction intertextuelle ambivalente au sociolecte mondain qui fascina tant Proust et qui fascine son narrateur Marcel.

Comment expliquer cette fascination ? D’abord par l’admiration sociale que ressent le bourgeois, le roturier face à une noblesse qui se donne des allures féodales ─ sans avoir le moindre rapport avec la noblesse d’épée et le féodalisme d’antan ; ensuite par le caractère narcissique de la conversation dont les principales distinctions obéissent à la pertinence mondaine : amusant/ennuyeux, brillant/médiocre, original/banal, etc.

Or la Recherche de Proust pourrait être lue comme une longue lutte du narrateur Marcel avec le sociolecte mondain qu’il admire d’abord pour des raisons esthétiques, mais qu’il finit par critiquer, par rejeter. Il finit par découvrir que la conversation qui apparaît dans la Recherche comme un instrument de domination (du Causeur) médiatisé par la valeur d’échange est une fausse esthétique : une esthétique du dandysme, voire du snobisme qui exclut la production artistique, littéraire.

C’est en opposant l’écriture littéraire, l’écriture d’artiste à la parole mondaine stérile qui ne laisse aucune trace que le narrateur proustien s’affirme comme écrivain :

« Plus que tout j’écartais ces paroles que les lèvres plutôt que l’esprit choisissent, ces paroles pleines d’humour, comme on en dit dans la conversation, et qu’après une longue conversation avec les autres on continue à s’adresser facticement à soi-même et qui nous remplissent l’esprit de mensonges, ces paroles toutes physiques qu’accompagne chez l’écrivain qui s’abaisse à les transcrire le petit sourire, la petite grimace qui altère à tout moment, par exemple, la phrase parlée d’un Sainte-Beuve, tandis que les vrais livres doivent être les enfants non du grand jour et de la causerie mais de l’obscurité et du silence9. »

Ce qui compte à mon avis dans ce passage, ce n’est pas seulement la critique radicale de la conversation en tant que sociolecte mondain, mais aussi la critique de la conversation en tant que principe d’écriture, en tant que principe littéraire. C’est en séparant rigoureusement la parole de la conversation de l’écriture littéraire authentique que Proust reproche à Sainte-Beuve et à Balzac d’adopter le style parlé de la conversation en parlant de littérature (Sainte-Beuve) ou en écrivant des romans (Balzac).

Proust renoue avec sa critique de la conversation mondaine lorsqu’il reproche à Balzac de confondre la littérature avec la causerie : « Ce style ne suggère pas, ne reflète pas : il explique. Il explique d’ailleurs à l’aide des images les plus saisissantes, mais non fondues avec le reste, qui font comprendre ce qu’il veut dire comme on le fait comprendre dans la conversation10 […] ».

On voit, dans les passages cités, à quel point la conversation en tant que sociolecte de la classe de loisir relie le problème social (causerie, dandysme, snobisme) au problème de l’évolution littéraire : à la nouvelle écriture de la solitude proposée par Proust et à sa critique littéraire. La conversation est le principal point de repère de la critique que Proust adresse à Balzac et Sainte-Beuve.

Cette explication par le sociolecte n’est ni réductrice (elle ne réduit pas le roman de Proust à une idéologie, une vision du monde ou une philosophie) ni exclusive : elle n’exclut pas d’autres interprétations psychanalytiques, phénoménologiques ou narratologiques (au contraire, elle les invite11). Elle tient compte de la polysémie du texte littéraire.

(c) La conversation chez Oscar Wilde et Hugo von Hofmannsthal

La question méthodologique que l’on a soulevée après la publication de L’Ambivalence romanesque était la suivante : On ne saurait nier l’importance de la conversation mondaine dans l’œuvre de Proust, mais l’utilité du concept de sociolecte est moins évidente, lorsqu’on se tourne vers d’autres œuvres littéraires où la critique d’un langage particulier est moins prononcée.

A l’époque il me semblait difficile de répondre à cette question, étant donné que je ne pouvais pas tout de suite partir à la recherche de sociolectes dans le reste de la littérature mondiale. Depuis que j’ai travaillé sur Wilde, Hofmannsthal, Sartre et Camus, il me semble plus facile d’ébaucher une réponse.

Le problème à la fois social et linguistique ne se présente pas seulement dans le cas de la Recherche proustienne mais aussi dans les drames d’Oscar Wilde et Hugo von Hofmannsthal. Il est malheureusement impossible de reproduire les détails de mes analyses ; je me contenterai donc de résumer les principaux arguments.

Les deux pièces en question, The Importance of Being Earnest d’Oscar Wilde et Der Schwierige de Hofmannsthal, sont comparables à la Recherche proustienne au niveau du sociolecte et de la situation socio-linguistique anglaise et autrichienne à la fin du XIXe siècle. La conversation mondaine y apparaît, une fois de plus, comme un langage de la classe de loisir, de la classe des désœuvrés qui cultive le style parlé.

Ce qui compte au niveau structural, c’est que cette conversation tend à remplacer le dialogue qui, dans le drame traditionnel, est une fonction de l’action qu’il fait avancer. Or dans les pièces de Wilde et Hofmannsthal, la conversation finit par se substituer à l’action dramatique. A propos de la conversation dans le Konversationsdrama allemand, Peter Szondi écrit : « Elle n’a aucune origine subjective et aucun but objectif : elle ne mène nulle part, n’aboutit à aucune action12. ». On pourrait répéter ce diagnostic à propos de la Recherche proustienne, dans laquelle la conversation remplace le dialogue romanesque et devient un obstacle pour l’action. (La structure paradigmatique, « essayiste » du roman proustien pourrait être expliquée dans ce contexte).

En tant que sociolecte, la conversation relie non seulement la Recherche mais aussi les drames de Hofmannsthal et de Wilde à la société des salons issue de la collusion entre la grande bourgeoisie et la noblesse (embourgeoisée) dans ce que Veblen appelle la classe de loisir.

(d) La Nausée de Sartre et L’Etranger de Camus

Il est assez facile d’anticiper une autre question critique suscitée par mon analyse de la Recherche et des drames mondains : Comment rendre compte d’une littérature qui n’est pas issue de la société des salons et n’a rien à voir avec la conversation ? La réponse n’est pas très compliquée : il existe un très grand nombre de sociolectes mondains, philosophiques, religieux et idéologiques qu’il convient d’analyser en détail pour pouvoir situer un texte ─ littéraire ou théorique ─ par rapport à une situation socio-linguistique particulière.

En commentant, dans L’Indifférence romanesque13, les réactions intertextuelles de La Nausée de Sartre et de L’Etranger de Camus aux sociolectes idéologiques des années trente et quarante, j’ai essayé de démontrer que le premier roman de Sartre est ─ comme le roman proustien qu’il parodie ─ une recherche essayiste et critique du langage authentique que Sartre identifie (comme Proust) à l’écriture littéraire, à la fiction. Sa recherche passe par une longue critique de quelques sociolectes idéologiques dépravés : de l’humanisme, de l’esthétisme, du socialisme, etc. Voilà les questions que se pose (implicitement ou explicitement) le narrateur Antoine Roquentin : Comment communiquer, comment écrire et raconter dans un univers dominé par des sociolectes idéologiques déchus ? Comment communiquer une vérité (des distinctions et des différences vraies) dans une situation où des mots-valeurs comme « liberté », « honneur », « héroïsme », « art » ou « devoir » sont aussi ambivalents que la « poésie pure » que Sartre relie à la littérature de consommation ?

Ces questions ontologiques et existentielles rendent compte de la structure de La Nausée qui est une recherche sous forme de journal et une critique des discours idéologiques. A la fin de cette recherche, le narrateur trouve enfin le discours vrai, authentique en décidant ─ comme le narrateur proustien ─ d’écrire un roman.

La façon de L’Etranger de Camus de réagir à une situation socio-linguistique dominée par des sociolectes idéologiques (chrétiens, humanistes, fascistes, etc.) est très différente et nous avons affaire à une structure romanesque et narrative qui a peu de choses en commun avec La Nausée.

Dans mon analyse de L’Etranger, j’ai essayé de montrer à quel point toute la structure narrative de ce roman s’explique par rapport à deux discours incompatibles : le discours de l’indifférence et de la contingence, qui est celui du narrateur (de Meursault) et de quelques autres acteurs, et le discours idéologique prononcé par la justice. A la différence du premier discours qui s’oriente vers l’indifférence de la nature et ses hasards en refusant toute pertinence idéologique humaniste ou chrétienne, le discours du juge d’instruction et du tribunal est issu d’un sociolecte humaniste-chrétien et s’oriente vers une pertinence rigide régie par le dualisme idéologique (Bien/Mal).

Au lieu de reconnaître dans Meursault un non-sujet indifférent, un actant paradoxal sans programme narratif14, les représentants de la justice le définissent comme un sujet responsable et punissable, confirmant ainsi la thèse de Louis Althusser et Michel Pêcheux que « l’idéologie interpelle les individus en sujets » (Althusser).

Un aspect particulièrement important de l’intertextualité de ce roman semble être le fait que l’opposition entre le discours de l’indifférence (Meursault, le narrateur) et les discours de l’idéologie (la justice) ainsi que l’opposition complémentaire entre nature et culture rendent compte de la structuration et de la bipartition globale de L’Etranger. A la différence de la première partie qui est régie par la non-subjectivité de Meursault et le hasard de la nature, la seconde partie est dominée par le dualisme sémantique et actantiel du sociolecte humaniste-chrétien et de ses discours idéologiques. Ces discours sont ironisés et mis en doute par le narrateur de Camus qui révèle leur contingence, leur caractère arbitraire. On retrouve d’ailleurs sa critique du sociolecte humaniste-chrétien dans Le Mythe de Sisyphe et dans L’Homme révolté. Il devrait donc être possible de rendre compte de la structure d’un texte littéraire par rapport aux processus intertextuels qui le constituent.

Avec Coseriu, on pourrait relire tous les textes dont il a été question ici comme des expériences poétiques avec certains discours linguistiques, avec les langages d’une époque. En adoptant un point de vue sociologique, on dira que ces expériences poétiques et polysémiques qui permettent de lire ces textes dans le cadre d’une esthétique de l’autonomie, sont en même temps des réactions sociales et critiques à des sociolectes exprimant des intérêts collectifs définissables.

Discours idéologiques et discours théoriques : Qu’est-ce que la théorie ?

 Au début de cette présentation de la sociologie du texte, j’ai déjà signalé qu’il s’agit d’une approche théorique dont le domaine dépasse celui de la littérature. En tant que sociosémiotique, la sociologie du texte analyse aussi les discours idéologiques et théoriques dans le cadre d’une situation socio-linguistique particulière dans laquelle les théories interagissent avec des sociolectes théoriques et non théoriques (idéologiques, philosophiques ou littéraires). Elle est donc aussi une théorie de l’idéologie et du discours théorique, donc une métatheorie.

« A quoi sert une théorie de la théorie ? » ─ pourrait-on se demander. Pour répondre à cette question, qui semble tout à fait légitime au premier abord, il suffit de renvoyer à quelques définitions existantes du concept de théorie. La plupart de ces définitions semblent être insuffisantes étant donné que leurs auteurs définissent la théorie comme « un système de phrases ou de propositions ».

Même des sémioticiens comme Greimas et Courtés se contentent, dans leur Dictionnaire raisonné, de définir la « théorie » comme « un ensemble cohérent d’hypothèses, susceptibles d’être soumises à la vérification15 ». Ce n’est pas dans le Dictionnaire mais dans Sémiotique et sciences sociales (et dans l’œuvre d’Eric Landowski16) que l’on trouve une définition discursive du concept de théorie : la théorie en tant que discours.

Je renoue avec les travaux greimasiens pour définir l’idéologie et la théorie comme des sociolectes et comme deux types de discours qui s’avèrent être, en fin de compte, incompatibles.

Commençons par une définition concise du concept d’idéologie : L’idéologie est un discours fondé sur un répertoire lexical, les oppositions et les classifications sémantiques et les modèles actantiels d’un sociolecte. Cela veut dire que l’idéologie est fondée sur une pertinence sémantique à partir de laquelle son sujet d’énonciation raconte la réalité littéraire, sociale ou historique. Sa structure ne peut être comprise que dans un contexte dialogique ou intertextuel, car chaque discours idéologique (en tant que sociolecte) articule les intérêts d’un groupe social particulier et s’oppose donc aux définitions, classifications et narrations des groupes voisins avec lesquels il coexiste dans une situation socio-linguistique et historique donnée.

A ce niveau, le discours idéologique ne se distingue en rien du discours théorique qui peut être défini de la même façon.

Le dépassement critique et théorique de l’idéologie n’est possible que si l’on propose une définition négative ou critique de l’idéologie : Issu d’un sociolecte particulier, l’idéologie est un discours régi par le dualisme (la dichotomie) et par l’antagonisme narratif entre un sujet et un anti-sujet. Son sujet d’énonciation est incapable de réfléchir sur son faire sémantique (taxinomique), syntaxique et narratif et de l’envisager comme objet d’une discussion ouverte. Il tend à considérer son discours comme le seul discours possible (comme vrai, naturel ou allant de soi) et à l’identifier de façon monologique avec tous ses référents réels et potentiels. 

Cette nouvelle définition de l’idéologie signifie concrètement que nous devons travailler avec deux concepts complémentaires d’idéologie en tant que structure linguistique : dans le premier cas, « idéologie » sera considérée comme un langage collectif sous-jacent à toute théorie en sciences humaines ; dans le second cas, elle sera envisagée comme un discours monologique, dualiste qui s’identifie à ses objets et à la réalité tout court, faisant ainsi obstacle au dialogue théorique.

Bien qu’il soit impossible de dépasser l’idéologie au sens général du terme (en tant que théoriciens ou individus privés, nous adopterons toujours ─ implicitement ou explicitement ─ un certain point de vue libéral, marxiste, féministe ou conservateur), il semble parfaitement possible d’éviter les mécanismes dualistes et monologiques de l’idéologie au sens négatif ou critique du terme. Il est même indispensable d’éviter ces mécanismes pour permettre à la théorie de se constituer dans un dialogue critique et autocritique.

Or la présence de l’idéologie (au sens négatif du terme) dans la critique littéraire continue à empêcher celle-ci de devenir une théorie et d’entamer un dialogue sérieux avec les sciences sociales. Même les penseurs de la déconstruction, qui se présentent souvent comme les seuls critiques sérieux de la métaphysique et du « logocentrisme » et comme les seuls défenseurs du sens multiple, ont l’air de croire que leur façon de lire la littérature est la seule possible et que les contradictions et les apories qu’il construisent se trouvent dans les objets, dans les textes.

Ainsi le déconstructiviste nord-américain J. Hillis Miller affirme sans ambages : « La déconstruction n’est ni plus ni moins que la bonne lecture tout court17. ». A son avis, les contradictions et les apories que trouve ─ ou construit ? ─ le déconstructiviste sont dans le texte ; elles font partie de l’objet : « L’illisibilité n’est pas située dans le lecteur mais dans le texte lui-même. ». Ailleurs, Miller ajoute : « Je dirai que ma lecture du poème de Yeats est juste et que tous ceux qui pensent de façon correcte (all right thinking people) adhéreront, si on leur donne le temps nécessaire, à ma lecture18. ».

Toutes ces affirmations sont idéologiques au sens négatif du terme : dans un premier temps, Hillis Miller identifie la déconstruction avec le discours vrai, « naturel » ; dans un second temps, il attribue l’illisibilité, telle qu’elle a été définie par le discours de sa déconstruction, à l’objet littéraire lui-même ; enfin, il identifie son discours de façon monologique avec l’objet, avec le poème de Yeats et affirme que tous ceux qui pensent correctement seront d’accord avec lui. Des opinions divergentes ne sont ni prévues ni admises. Car seul un fou refusera de s’identifier avec l’actant idéologique (mythique) « all right thinking people ».

Face à ce monologue idéologique, il semble maintenant possible de proposer une définition du discours théorique qui renoue avec la définition négative du concept d’idéologie : Le discours théorique naît ─ tout comme le discours idéologique ─ dans un ou plusieurs sociolectes et articule, en tant que système de valeurs et de normes, un point de vue et des intérêts correspondants. Mais à la différence du sujet d’énonciation idéologique, le sujet théorique réfléchit sur sa genèse dans une situation socio-linguistique particulière et sur les mécanismes sémantiques, syntaxiques et narratifs de son discours afin de pouvoir éviter le dualisme sémantique (la dichotomie). Il révèle sa propre contingence et sa particularité et s’ouvre ainsi au dialogue avec d’autres discours théoriques. En même temps, il présente ses objets comme des constructions contingentes qui n’excluent pas des constructions concurrentes ou complémentaires issues de discours et de sociolectes complètement différents. Mais comment est possible cette réflexion critique et autocritique du sujet théorique ?

Interdiscursivité, ébranlement et dialogue

Prenons comme exemple le postulat de « falsifiabilité » (« réfutabilité ») théorique au sens poppérien du terme. Selon certains critiques de Popper, notamment Jean-Claude Passeron19, ce postulat s’est avéré inapplicable aux sciences humaines, dont les idéologies ou les engagements idéologiques (inséparables des discours théoriques) ne sauraient être réfutés. Toute tentative pour réfuter un sociolecte théorique (et idéologique) dans le cadre d’un autre sociolecte est vouée à l’échec. C’est un problème que Popper n’aperçoit pas, parce qu’il considère la société comme une multitude d’individus atomisés et refuse de tenir compte de « perspectives » (K. Mannheim), d’idéologies et de sociolectes. Dans un compte rendu de la Logique de la découverte scientifique paru en 1935, Otto Neurath propose de remplacer la « falsifiabilité » par « l’ébranlement » d’une théorie : par ce qu’il appelle « Erschütterung20 ».

Or je pense qu’un tel ébranlement se produit lorsque deux théories hétérogènes ─ issues de sociolectes partiellement ou entièrement incompatibles ─ sont mises en rapport dialogique : dans une discussion, une comparaison ou une confrontation quelconque.

C’est une telle confrontation de positions incompatibles, extrêmes ─ du constructivisme de Glasersfeld et du réalisme de Lukács, de l’universalisme de Popper et du particularisme de Lyotard, de l’idéalisme de Habermas et du matérialisme de Foucault (Althusser, Pêcheux)21 ─ qui fait réfléchir tous les sujets impliqués sur la structure et la genèse de leurs discours, sur la contingence de leurs positions et les processus sociaux et linguistiques qui engendrent leurs objets en tant que constructions possibles. Une telle confrontation finit par ébranler notre foi en une théorie particulière en révélant ses bévues, ses contradictions, ses défauts. C’est elle qui inaugure le dialogue théorique et amène les sujets théoriques à réfléchir de manière autocritique sur leurs discours respectifs.

En essayant d’adopter cette perspective et de mettre en rapport la théorie des systèmes de Luhmann avec la théorie des champs de Bourdieu, on découvre, entre autres, que Luhmann néglige toutes les hétéronomies mises au jour par Bourdieu : surtout les hétéronomies économiques et médiatiques auxquelles sont soumis les « systèmes » (ou les « champs » ?) artistique et scientifique. On découvre en même temps le caractère problématique du concept de « système » et du concept de « champ », car ces deux concepts sont fondés sur des pertinences et des taxinomies assez instables : A quel « système » ou « champ » appartiennent les sciences sociales ? Au système idéologique ou scientifique ? Et le cinéma : fait-il partie du « système » ou « champ » artistique ou médiatique ? Quelles que soient les réponses, elles ne pourront jamais être classées dans le cadre de l’opposition luhmannienne censée être sous-jacente au système scientifique : de l’opposition entre vrai et faux.22

Dans l’univers des sciences humaines, il est impossible de trancher ou de réfuter définitivement. Il semble possible, en revanche, d’ébranler une théorie en la mettant en rapport dialectique et dialogique avec un discours et un sociolecte hétérogène : avec son antipode. Ce dialogue entre des positions hétérogènes, voire contraires, me semble être une alternative valable, dans le domaine des sciences humaines, à la « falsifiabilité » de Popper et au formalisme systémique de Luhmann.

Ajoutons, en guise de conclusion, que l’idée de Popper qu’il faut pouvoir mettre à l’épreuve une théorie scientifique reste valable. Pourtant, cette épreuve n’a pas lieu au niveau « intersubjectif », entre des individus atomisés, tels que les imagine un Rationalisme Critique enraciné dans l’idéologie individualiste du libéralisme, mais entre des sociolectes partiellement incompatibles. C’est précisément cette incompatibilité partielle des langages de groupe qui produit l’« ébranlement » dont parle Neurath. Et c’est ce genre d’ébranlement qui nous fait réfléchir ─ individuellement et collectivement.

Université de Klagenfurt

 


Notes

  1. Zima (Pierre V.), Pour une sociologie du texte littéraire, Paris, L'Harmattan, 2000 (1978) ; Ibid., Manuel de sociocritique, Paris, L'Harmattan, 2000.

  2. Tynianov (Iouri). « De l'évolution littéraire », dans Théorie de la littérature. Textes des formalistes russes, édition par Tzvetan Todorov, Paris, Seuil, 1965, p. 131.

  3. Bakhtine (Mikhaïl) et Volochinov (Valentin), Le Marxisme et la philosophie du langage. Essais d'application de la méthode sociologique en linguistique, Paris, Minuit, 1977, pp. 102-103.

  4. Greimas (Algirdas-Julien), Sémiotique et sciences sociales, Paris, Seuil, 1976, pp. 53-54.

  5. Voir à ce sujet : Juvan (Marko), History and Poetics of Intertextuality, West Lafayette (IN), Purdue University Press, 2008. Ainsi que : Rabau (Sophie), L'Intertextualité, Paris, Flammarion, 2002.

  6. Kristeva (Julia), Sémiotikè. Recherches pour une sémanalyse, Paris, Seuil, 1969, p. 144.

  7. Coseriu (Eugenio), « Thesen zum Thema "Sprache und Dichtung" », dans Beiträge zur Text-linguistik, sous la direction de Wolf-Dieter Strempel, Munich, Fink, 1971.

  8. Zima (Pierre V.), L'Ambivalence romanesque. Proust, Kafka, Musil, Paris, L'Harmattan, 2002.

  9. Proust (Marcel), A la recherche du temps perdu, vol. IV, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1989, p. 476.

  10. Proust (Marcel), Contre Sainte-Beuve précédé de Pastiches et mélanges et suivi de Essais et articles, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1971, p. 269.

  11. Zima (Pierre V.), Manuel de sociocritique, op. cit., ch. 5 : « Sociocritique et psychanalyse : société et psyché chez Marcel Proust ».

  12. Szondi (Peter), Theorie des modernen Dramas, Frankfurt, Suhrkamp, 1969 (1956), p. 88.

  13. Zima (Pierre V.), L'Indifférence romanesque. Sartre, Moravia, Camus, Paris, L'Harmattan, 2005.

  14. Coquet (Jean-Claude), « Problèmes de l'analyse structurale du récit : L'Etranger d'Albert Camus », dans Sémiotique littéraire. Contribution à l'analyse sémantique du discours, Paris, Mame, 1973.

  15. Greimas (Algirdas-Julien) et Courtés (Joseph), Sémiotique. Dictionnaire raisonné de la théorie du langage, Paris, Hachette, 1979, p. 394.

  16. Landowski (Éric), La Société réfléchie. Essais de socio-sémiotique, Paris, Seuil, 1989, ch. 3.

  17. Miller (Joseph Hills), The Ethics of Reading, New York, Columbia University Press, 1987, p. 10.

  18. Miller (Joseph Hills), Theory Now and Then, New York/Londres, Harvester/Wheatsheaf, 1991, p. 196.

  19. Passeron (Jean-Claude), Le Raisonnement sociologique. L'espace non-poppérien du raisonnement naturel, Paris, Nathan, 1991.

  20. Neurath (Otto), « Pseudorationalismus der Falsifikation », dans Gesammelte philosophische und methodologische Schriften, sous la direction de Rudolf Haller et Heiner Rutte, vol. II, Vienne, Hölder-Pichler-Tempsky, 1981, p. 638.

  21. Une présentation systématique de ces confrontations de théories contraires se trouve dans : Zima (Pierre V.), What is Theory ? Cultural Theory as Discourse and Dialogue, Londres/New York, Continuum, 2007, ch. 6-10.

  22. Luhmann (Niklas), Die Wissenschaft der Gesellschaft, Francfort, Suhrkamp, 1990, p. 170.


Pour citer cet article :

Pierre V. Zima, « La sociologie du texte comme théorie de la littérature et métathéorie scientifique », dans Carrefours de la sociocritique, sous la direction d'Anthony Glinoer, site des ressources Socius, URL : http://ressources-socius.info/index.php/reeditions/24-reeditions-de-livres/carrefours-de-la-sociocritique/121-la-sociologie-du-texte-comme-theorie-de-la-litterature-et-metatheorie-scientifique, page consultée le 16 janvier 2021.

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