Première publication dans Texte, revue de critique et de théorie littéraire, no 45/46, 2009, pp. 195-212.

 

Cet article est issu de mon expérience d’enseignement aux premier et deuxième cycles en littérature, et de la nécessité récurrente d’expliciter dans ce contexte l’intérêt et les modalités d’une sociopoétique historique pour faire l’histoire littéraire des femmes1. Les différentes interventions ou sous-entendus auxquels j’ai eu à réagir se résument pour l’essentiel à deux grands ensembles. Le premier, que j’évoque sans m’y attarder, concerne le scepticisme persistant suscité par l’introduction de la variable du genre sexuel dans l’analyse du littéraire, qui donne prise à de nombreux préjugés sur les biais idéologiques perçus comme inhérents à cet élément, et qui se marient mal aux enjeux théoriques et formels qui conditionnent les attentes dans notre discipline. L’autre ensemble, moins visible et donc plus pernicieux, donne à lire, en creux, une foi absolue dans les capacités « naturelles » du temps et des mécanismes qui assurent la réception à long terme, et qui nous libèrerait de l’exigence de mettre en question les cadrages et les sélections qui orientent nos façons de faire l’histoire du littéraire. C’est ainsi de la nécessité de convaincre que la question des femmes en littérature est une question littéraire générale, qui soulève des questions théoriques et méthodologiques générales, qui demandent qu’on les problématisent comme toutes les autres, et qui appellent des solutions qui puisent à tous les aspects du littéraire, qu’est née la réflexion sur la sociopoétique historique que je résume ici. Cette réflexion jalonne le chemin parcouru sur la piste des femmes de lettres canadienne-françaises au tournant du xxe siècle depuis plusieurs années. C’est littéralement du premier contact avec ce travail de terrain qu’elle émerge.

Malgré un nombre croissant de travaux, sur les femmes de lettres au tournant du 20e siècle, surtout au Québec et au Canada anglais2, le portrait général qu’il est possible de se faire des pratiques littéraires des femmes de cette époque reste schématique et, surtout, largement orienté par nos définitions contemporaines de la littérature. Le bilan de ces différents travaux appelle ainsi un double constat. D’une part, sur le plan des idées et des valeurs, c’est surtout la production des journalistes qui est exploitée, et elle l’est généralement dans la perspective des études féministes, qui mettent le plus souvent en relief le progressisme en matière de condition féminine3. D’autre part, lorsque la production des femmes est considérée sous un angle plus littéraire, ce sont les œuvres publiées sous la forme du livre qui sont priorisées, et on aboutit le plus souvent alors à un diagnostic de conformité, tant du point de vue des valeurs que de celui du projet esthétique, comme dans une impasse intellectuelle. Ces deux tendances fortes concourent à perpétuer une marginalisation de la contribution des femmes aux phénomènes littéraires, en accentuant les aspects de leurs pratiques qui les défavorisent dans le contexte d’une histoire littéraire largement orientée par la reconnaissance par les pairs et par la logique de l’avant-garde. Reproduisant mécaniquement les paramètres d’une histoire plus traditionnelle et mettant rarement en question les fondements mêmes des sélections qu’elle oriente, on a peu tenu compte tant de la diversité des pratiques que de ce qui leur donne leur cohésion.

Les types de travaux qui donnent une impulsion nouvelle à l’histoire littéraire des femmes sont pour une part les mêmes que ceux qui tendent à renouveler l’histoire littéraire en général, et qu’Alain Vaillant et Marie-Ève Thérenty évoquent lorsqu’ils font le point sur les rapports entretenus par l’histoire culturelle et l’histoire littéraire : « l’étude des supports et des moyens de diffusion du littéraire, la prise en compte de l’ensemble de la production discursive et textuelle et non plus seulement des grands auteurs, l’étude sociologique de la littérature, par exemple à travers l’analyse des sociabilités littéraires4. » S’ajoutent à ces contributions, qui émanent pour l’essentiel de l’histoire culturelle, des tentatives d’y inscrire la variable du genre sexuel et des rapports sociaux de sexe, comme ceux de Christine Planté qui, plutôt que concevoir l’histoire littéraire des femmes comme une série d’interdits et de contraintes, va au-delà d’une histoire de l’exclusion en s’interrogeant d’entrée de jeu sur « […] cet écart entre la présence de femmes écrivains dans la culture vécue et leur faible visibilité dans l’histoire littéraire5 ». Enfin, notre réflexion a largement bénéficié des études portant sur les liens entre la presse et la littérature, tant en France qu’au Québec6. Si la presse a pu servir d’espace de diffusion pour des textes qui n’auraient pu être édités autrement, elle n’est cependant pas qu’un pis-aller témoignant de la précarité du champ littéraire en formation. La presse, bien plus qu’un simple espace de diffusion, constitue un des foyers de pratiques qui a le mieux façonné l’émergence de la pratique littéraire des femmes. Sous le régime du journal, foisonnent des textes qui relèvent de genres et de formes aussi diverses que la lettre, la chronique, le poème, la narration brève, le roman-feuilleton, dont plusieurs sont souvent laissés à l’écart. Enfin, les approches s’appliquant à faire converger les acquis de la sociologie des acteurs et du champ avec des analyses dites « internes », généralement décrites comme « sociopoétique7 » ont contribué à permettre de renouveler la façon dont on pouvait envisager étudier ce que les femmes avaient publié là où elles l’avaient publié, plutôt que de re-constater comment ont les avaient exclues.

Ces perspectives nous invitent ainsi à nous interroger à propos des corpus, des supports et des méthodes, propres ou non à la recherche littéraire, qui entrent en jeu afin de tenter de renouveler notre regard sur les pratiques littéraires des femmes. Elles sont à la base de travaux que j’ai menés depuis quelques années dont les résultats sont parus de manière fragmentaire dans des articles et des chapitres d’ouvrages, et qui portent tous sur les femmes de lettres canadiennes-françaises au tournant du xxe siècle8. Cette période historique offrait plusieurs avantages : il s’agit du moment où les femmes font collectivement leur entrée dans le journalisme. L’importance du caractère collectif des pratiques est essentielle dans la perspective d’assurer la diversité des investissements, des pratiques, des degrés de réussites, et, ce faisant, de contrer l’exceptionnalisation dont sont souvent victimes les écrivaines qui sont retenues par l’histoire littéraire générale. D’autre part, cette période, relativement méconnue, se situait en amont de la date à laquelle ont reconnaît le plus généralement l’entrée des femmes dans le champ littéraire, soit dans les années 19209. C’est ainsi avec en arrière-plan l’ensemble de mes travaux sur les femmes de lettres que j’ai souhaité tenter de formuler ces quelques éléments pour une sociopoétique historique des pratiques littéraires des femmes.

Points de départ concret de la réflexion, deux outils on ne peut plus communs : une liste des œuvres et une liste des agents de la vie littéraire10. C’est en appréciant le décalage entre les deux types de données et en tentant de l’expliquer que s’est amorcée ma réflexion. En effet, ces listes permettaient toutes deux d’esquisser un récit de cet épisode méconnu de l’histoire littéraire des femmes11, mais les deux récits sont bien différents. Voici d’abord un aperçu de ce que « racontent » les premières données, une liste de 66 œuvres signées par des femmes12.

Au haut de la liste des titres, l’ordre alphabétique fait en sorte que l’on est rapidement mais illusoirement rassuré de reconnaître le nom d’une auteure importante en Félicité Angers, qui signe plusieurs titres du pseudonyme de Laure Conan. Mais cette sécurisation toute relative masque mal la surprise de constater qu’elle avait publié autant de titres après Angéline de Montbrun (1881-1882), notamment des romans que la critique a tôt fait de mettre sous le signe d’une conversion au roman historique imposée par l’abbé Henri-Raymond Casgrain, et interprétée comme un acquiescement aux conventions sociales plutôt qu’à l’innovation littéraire. Font aussi bonnes figures, avec plus d’un titre, les Adèle Bibaud (d’autres femmes avaient donc écrit des romans historiques !), Emma-Adèle Bourgeois (mais c’est de la littérature enfantine, plus didactique que littéraire), Henriette Dessaulles (mais ses « Lettres de Fadette », trop conservatrices, catholiques et moralisantes, seraient bien moins intéressantes que son Journal, de l’avis de plusieurs), Françoise, Madeleine et Joséphine Marchand (des journalistes qui se seraient « essayées » à l’écriture littéraire), Blanche Lamontagne (qui aurait fait de la poésie conventionnelle pour plaire aux tenants du régionalisme). Pour le reste, on a surtout affaire à des auteures d’œuvre unique, dont ni les titres ni les auteurs, sauf exception, ne nous sont familiers. Qui plus est, ces inconnues ont souvent écrit dans des genres aussi variés que peu valorisés par les études littéraires, comme la monographie de paroisse, l’histoire de congrégations religieuses, la biographie, l’hagiographie, le théâtre pour jeunes gens, le récit de voyage, le portrait, les souvenirs, etc. L’œil plus sensible aux considérations matérielles observera que plusieurs des titres sont en fait des brochures de sept à une trentaine de pages. En somme, œuvres et auteures méconnues, genres déconsidérés sur le plan littéraire et brièveté des textes, voilà les caractéristiques qui ressortent d’une première appréciation de cette liste. Le tout semble vouloir alimenter le préjugé voulant que, somme toute, l’histoire littéraire ait bien joué son rôle et trié efficacement le bon grain de l’ivraie.

Le deuxième type de données, une liste de noms de femmes qui ont écrit durant les mêmes années et pour lesquelles nous disposons de données bio-bibliographiques, permet d’amorcer une sociologie des acteurs[13] dont les éléments permettent de raconter une tout autre histoire. Si les noms restent encore ici pour la plupart inconnus, l’accroissement substantiel du nombre de femmes qui écrivent par rapport aux années qui précèdent suggère une mutation, mutation peu perceptible si la seule liste des monographies est considérée. En effet, c’est surtout l’importance de l’écriture journalistique qui frappe d’emblée : plus de la moitié des femmes pratiquent régulièrement ou occasionnellement le journalisme, et signent plus particulièrement des chroniques dans les quotidiens, les hebdomadaires, les revues d’associations, les magazines illustrés, les périodiques féminins, etc. C’est en fait la pratique de cette activité ou la diffusion de leurs textes par cette voie qui semble donner sa cohérence aux pratiques littéraires des femmes du tournant du xxe siècle, rassemblant journalistes de carrière, poètes, romancières, célibataires et femmes mariées, scolarisées et autodidactes, jeunes et aînées, filles de la ville ou du monde rural, femmes de médecin et filles d’agriculteurs et de marchands. Or si quelques titres de la liste des œuvres sont bien des recueils de chroniques, rien ne laissait présager une telle importance de la publication en périodique, ni les stratégies d’écriture distinctes que ce support allait révéler.

Dire que la pratique de l’écriture journalistique domine ne suffit cependant pas, puisque son intelligibilité n’est pas donnée pour autant. Loin d’être homogène, le « journalisme » regroupe un ensemble de pratiques, de types de discours, de sujets, de modes d’énonciation, de genres, et ce caractère hétérogène, pour ne pas dire hétéroclite, rend sa saisie complexe. Ce sont les travaux de Marie-Ève Thérenty sur la presse française au 19e siècle, tant le foisonnant Mosaiques (2003) que la synthèse d’une poétique de l’écriture journalistique qu’elle propose dans La littérature au quotidien (2007), qui favorisent la meilleure saisie des enjeux qui permettent l’intelligibilité des rapports entre les femmes, les lettres et la presse. Tout particulièrement dans le contexte d’études sur les pages féminines des grands quotidiens, ces travaux m’ont incitée à considérer les différents textes comme partie prenante d’un ensemble plus vaste mais non nécessairement homogène, au contraire, et à m’intéresser aux différentes stratégies textuelles en faisant dialoguer, converger ou s’opposer les différents textes et les différentes voix. Et c’est précisément cette perspective qui a contribué à restituer leur sens, leur intérêt et leur cohérence aux stratégies textuelles des femmes. Sans elle, ces textes persistaient à se présenter dans toute leur hétérogénéité, hétérogénéité dont on témoignait parfois sans vraiment en traiter, pour mieux l’escamoter ensuite en faisant une sélection en fonction de critères thématiques ou formels qui conditionnaient inévitablement ce dont ils allaient permettre de témoigner. La poétique de l’espace journalistique qui leur est propre, et les mécanismes qui l’ont rendue possible, allant de l’éducation à la socialisation, est ce qui m’a véritablement permis d’aller au-delà de la mise en évidence des valeurs et des idées véhiculées par les textes, et de cerner avec plus d’acuité les raisons pour lesquelles ces pratiques d’écritures méritaient considération.

Dans la foulée du constat de Planté sur le décalage entre la participation des femmes à la vie littéraire et la mémoire de cette participation, et dans les perspectives de Thérenty sur la poétique de l’espace journalistique et les rapports entre la littérature et le journal14, le décalage entre la liste des œuvres signées par des femmes au tournant du xxe siècle et une sociologie même minimale des acteurs constitue une première brèche qui permet de problématiser l’intérêt du corpus des femmes de lettres des premières décennies du xxe siècle. Il rappelle d’abord les distorsions qu’opère inévitablement la considération des seules œuvres publiées sous forme de livre, et les conséquences peut-être plus lourdes du recours à ce seul outil pour faire l’histoire littéraire d’un groupe d’écrivaines dominé tant sur le plan social que littéraire. Ce décalage initial se démultiplie en une série d’autres oppositions également fertiles pour formuler les problèmes que pose ce corpus particulier et tenter de les résoudre.

Arrimés au décalage entre la liste des titres et les trajectoires des femmes qui écrivent se profile ainsi une première polarisation qui oppose les pratiques plus légitimes (consacrées par le support livresque) et les pratiques moins considérées (éphémérisées par l’obsolescence de la presse). Observée sous l’angle de sa nature de mémoire à long terme, la liste des œuvres publiées apparaît dans toute la conformité qui sied à cet outil de pérennisation qu’est la publication en volume, et on ne peut guère s’étonner, compte tenu de la faible autonomie du champ littéraire canadien-français de l’époque et de sa relative soumission à l’idéologie dominante en général et au nationalisme en particulier, des critères implicites qui favorisent la postérité littéraire. Qu’elle soit réelle ou apparente, complète ou partielle, stratégique ou intégrale, la conformité s’avère la caractéristique dominante de la liste des titres signés par les Canadiennes françaises. Toutefois, plutôt que de l’interpréter comme un résultat des (« mauvais ») choix scripturo-culturels des femmes, on gagne à déplacer ce conformisme en amont. Considéré comme une contrainte de départ et donc comme une interprétation des attentes socio-culturelles, ce conformisme devient point de convergence entre les velléités d’écriture des femmes et les attentes de la société à cet égard, et il en dit long sur les limites de l’acceptabilité de l’écriture féminine autant sur les rôles scripturaires dévolus aux femmes.

Cette contextualisation, à la lumière d’une sociologie des acteurs, des données qui figurent sur la liste des œuvres permet ainsi d’inférer les conditions d’acceptabilité des titres dans le contexte de la mémoire à long terme. Toutefois, les différents supports et espaces discursifs investis par les femmes font moduler les critères permettant de déterminer ce qui est acceptable ou non. Or à ce qui est jugé digne de faire date et de nourrir la mémoire s’oppose souvent assez résolument à ce qui fait momentanément et massivement consensus, ou presque, c’est-à-dire ce qui connaît le succès. La popularité, d’un texte ou d’une auteure, incarne une autre forme d’acceptabilité, parfois reflétée par les mécanismes qui assurent la pérennité à long terme, mais qui d’autres fois lui échappent complètement.

Il est inévitable que la considération du succès et de la popularité doive fournir une partie des indicateurs permettant de reconstituer l’histoire littéraire des femmes et qu’une partie du décalage entre la présence des femmes dans la sphère littéraire et la mémoire de cette présence s’explique par un investissement par les femmes de pratiques moins pérennes mais mieux admises, et souvent plus lucratives. Or l’histoire littéraire et les engouements du public ne font pas toujours bon ménage. D’entrée de jeu controversé, le succès l’est encore davantage lorsqu’il s’arrime à une apparente conformité à l’ordre social établi. De plus, s’il suscite le plus souvent la méfiance lorsqu’il est abordé pour la période contemporaine, il n’est que rarement pris en compte pour faire l’histoire de la littérature, dans la mesure où il s’oppose le plus souvent aux considérations formelles et à la légitimité à long terme, notions mieux prises en compte par les paramètres de l’histoire littéraire générale. La considération du succès constitue en fait un moyen de prendre une autre mesure de ce corpus en pointant des pratiques qui ont eu un impact, et dont, en conséquence, on pouvait supposer qu’elles condensent ou superposent plusieurs lectures possibles, mais aussi et surtout qu’elles incarnent un « juste milieu », qu’elles s’inscrivent en plein cœur des possibles et des contraintes d’une époque15.

Ces différents éléments qui contribuent à accroître notre compréhension des pratiques d’écriture des femmes dans les espaces féminins de la grande presse mettent résolument en évidence la nécessité de prendre en compte les attentes et les possibles socio-littéraires à l’égard des femmes à une époque donnée, conditions telles qu’elles se traduisent en différents ajustements des stratégies d’écriture, en modulations des différents discours. Le texte devient ainsi le carrefour entre les stratégies scripturaires et la tentative d’en conditionner la bonne réception, tant sociale que littéraire. La notion d’acceptabilité s’avère ainsi centrale à notre propos. Et c’est dans la perspective d’en construire les indicateurs et de façonner des outils méthodologiques permettant d’en faire un enjeu clé d’une sociopoétique historique des pratiques littéraires des femmes que j’ai travaillé avec cette notion. Pour la liste des œuvres évoquée en début de parcours, la chose est entendue, à peu de chose près. La thèse de Micheline Goulet16 en trace les contours de manière efficace et résume par son titre même les figures d’acceptabilité qui se profilent à partir des œuvres publiées sous forme de livre : contrainte et obédience. Toutefois, hors du circuit du livre, les modalités de l’acceptabilité changent. C’est ainsi en travaillant le corpus des pages féminines des grands périodiques, et plus particulièrement en tentant de reconstruire les caractéristiques de l’acceptabilité des différents discours tels que les traduisent les textes que nous avons pu rendre leur intelligibilité à des phénomènes toujours évoqués comme marginaux. Si notre perspective recoupe pour l’essentiel les enjeux et les visées d’un travail sur les « postures littéraires » tel que le propose et le balise Jérôme Meizoz17, qui prolonge la portée de la notion de « posture » évoquée par Alain Viala18, force est de constater que les cas qui nous occupent font partie des zones moins exploitées de cette notion. En effet, bien que la notion soit inclusive, les figures dominées, de même que les cas relevant d’états moins autonomes du champ littéraire, tendent à être rapidement délaissés au profit des postures ayant acquis une légitimité durable dans un état du champ qui donne sa pleine extension à la sphère restreinte. Or les femmes de lettres à la légitimité littéraire modeste dans un champ en voie d’autonomisation constituent le profil le plus courant de notre corpus. Et ce profil semble justement redoubler la nécessité d’un rappel constant de ce statut socio-littéraire dans l’énonciation elle-même. C’est ainsi en conjuguant la nature, la place et la visibilité des rubriques, et en tentant d’en dégager les rôles scripturaires qui semblaient les mieux à même d’incarner les possibles discursifs féminins dans la grande presse, que j’ai dans un premier temps pallié mes insatisfactions en regard d’une étude distincte des œuvres et des paramètres sociologiques.

Toutefois, si c’est la construction dans le discours même d’une posture d’écriture acceptable lorsqu’on est une femme au tournant du xxe siècle qui m’a guidée, la perception des stratégies à l’œuvre repose néanmoins sur une sociologie des acteurs, essentielle afin de mesurer les décalages entre la biographie et le discours, et de saisir les projections de soi. J’ai donc en quelque sorte cherché à creuser l’écart entre la sociologie et le discours, revenant, notamment à l’idée du prisme utilisée par Alain Viala dans Approches de la réception19. J’ai ainsi tenté de voir si et comment les textes formalisaient, principalement dans l’énonciation, les incipits, le péritexte, l’encyclopédie et les références, la posture d’écriture et la façon dont elle s’ajuste à la réception anticipée, qui constitue à la fois la signature individuelle d’une auteure et la marque, collective, des attentes du public à l’égard des femmes qui écrivent. Car c’est bien là une autre des caractéristiques de l’ethos des femmes de lettres canadiennes-françaises au tournant du 20e siècle que de constamment projeter une image d’elles arrimée aux attentes socio-littéraires de l’heure, de la même façon que la pratique épistolaire, par exemple, met constamment en présence destinateur et destinataire dans l’espace discursif de la lettre.

Ainsi, le vaste ensemble des pages féminines des grands périodiques permet de cerner l’évolution de la perception des conditions d’écriture et de réception des femmes, à partir de la somme des trajectoires individuelles, certes, mais en insistant sur les représentations collectives les plus largement partagées. Cette approche a réitéré la présence d’un certain nombre de topoï, notamment ceux liés à la modestie et à l’humilité, et mettant en valeur la rhétorique et les stratégies là où on avait le plus souvent conclu au simple « reflet » de la réalité.

Le cas de la journaliste Françoise20 donne l’extension la plus nette de la façon dont le discours s’ajuste aux attentes du public et des pairs. Ces attentes varient en fonction des différentes rubriques et de l’espace médiatique investi, révélant une série de postures littéraires dont la diversité, qui plus est sur une période de temps assez courte, suggère bien ce souci constant de rappeler non pas tant la position réelle occupée dans le champ,  mais bien celle qu’il est acceptable de prétendre occuper. On le constate par exemple lorsqu’elle commente des œuvres ou des auteurs. L’humilité et la modestie sont ainsi surtout présentes dans la rubrique la plus en vue de Françoise, sa « Chronique du lundi », où elle prend soin de marquer son infériorité sur le plan littéraire par rapport aux auteurs canadiens-français importants, qu’il s’agisse d’Arthur Buies ou de Louis Fréchette. De manière plus générale, le discours tend à saturer de marqueurs de doute, d’inexpérience, ou d’aveu de sa connaissance lacunaire, toutes remarques qui pourraient être interprétées comme une revendication/construction d’autorité sur le plan littéraire : « Je n’oserais discuter la valeur intrinsèque de l’œuvre au point de vue de la versification, je me méfie de mes connaissances en poésie et j’hésite à risquer un avis précis21 »; ou encore « Ce n’est pas la seule conférence de M. Rod, d’ailleurs, qui m’ait procuré du profit. Je les ai toutes entendues et il n’y en a pas une qui n’ait, ou laissé dans mon esprit des impressions durables ou élargi les horizons fort limités de mes connaissances littéraires22. » Au même moment, commentant dans la rubrique « Le coin de Fanchette » les textes littéraires que lui font parvenir les abonnés afin qu’elle les critique et, éventuellement, les publie dans sa page, elle fait preuve d’une autorité littéraire beaucoup mieux assumée, maîtrisant les règles et exposant moins de doute quant à son jugement : « J’ai lu votre sonnet. Il est bon mais pas très bon [sic]. Je crois même y avoir aperçu un vers de onze pied. Il y a du talent, mais pas assez de travail23 » ; « Votre poésie est gentille, toute pleine de cœur et de bons sentiments. Seulement, les règles de la prosodie ne sont pas fidèlement observées24. » Ces deux postures littéraires en léger décalage s’enrichiront bientôt, notamment d’une spécialisation de plus en plus manifeste dans le domaine des lettres féminines, qui se concrétise lors de la publication d’un article sur « Les femmes canadiennes dans la littérature », publié dans l’ouvrage Les femmes du Canada. Leur vie et leurs œuvres (1900). Enfin, Françoise publie la même année deux ouvrages, un recueil de chroniques où elle propose une sélection de ses textes publiées au fil des années dans La Patrie25, et un recueil de nouvelles, Fleurs champêtres26, en plus de signer une pièce de théâtre, Méprise, œuvres qui tendent à modifier sa position dans le champ, tout comme elles ajoutent  à la palette de ses postures littéraires simultanées et successives. Enfin, une position d’autorité beaucoup mieux assumée se dégage des textes qu’elle signe dans le périodique le Journal de Françoise, revue qu’elle fonde en 1902 et dirige jusqu’à ce que cesse la parution du périodique en 1909.

C’est également sur le plan de l’interdiscursivité et de la filiation littéraire que se manifeste dans le discours les contours de l’acceptabilité des pratiques littéraires des femmes dans les espaces médiatiques qu’elles ont investis. Les représentations collectives littéraires puisent en effet à répétition à deux univers lettrés féminins qui témoignent d’une acceptabilité maximale : le salon mondain et la pratique de la correspondance. Tant sur le plan de la structure de la page que sur celui des images suscitées par le discours, les femmes de lettres font la preuve de leur maîtrise des codes de ces deux régimes littéraires, tout en misant sur le crédit qu’accorde le public à ces figures. Ce faisant, cette stratégie leur permet de s’inscrire dans une longue filiation qui leur évite de se poser en pionnières et de revendiquer quelque primauté que ce soit. D’autres modèles semblent avoir une influence prépondérante, notamment dans la chronique : la position de moraliste, dans la tradition des Spectator27 de la presse britannique, fournit un modèle féminin à la fois critique et sage, visant à transmettre des valeurs largement admises.

L’ensemble de ces topoï, motifs, univers de référence et stratégies diverses ont en outre, dans certains cas, la propriété de s’incarner dans des rôles littéraires plus ou moins personnifiés et, dans certains cas, dans des personnages, mi-réels, mi-fictifs, éminemment rhétoriques. Ces personae s’avèrent en quelque sorte des condensés d’acceptabilité d’une parole féminine publique dans la grande presse canadienne-française au tournant du xxe siècle. C’est ainsi qu’au-delà des individualités et des signatures28, et parfois à l’encontre des données sociologiques, ce sont les personae ou postures littéraires que ces femmes de lettres peuvent collectivement incarner qui sont les plus révélatrices des possibles littéraires féminins de la période. Deux familles de postures dominent et paraissent les mieux à même de garantir la bonne réception des propos tenus dans la page féminine : celle de la salonnière mondaine, qu’incarne avec éloquence la page féminine de La Patrie sous la direction de Madeleine29, et celle de l’ingénue, dont la figure de Fadette révèle la parfaite mécanique dès l’incipit de la première chronique : « Encore une femme qui veut écrire ? Hélas, oui, mais c’est un petit bout de femme modeste, effacée, qui est certaine de ne porter ombrage à personne. / Elle a plus vécu dans les bois que dans les salons ; elle y a appris surtout à se taire : voilà pourquoi elle a tant de choses à vous dire30. ». Ce personnage d’ingénue recouvert par la signature de Fadette s’avère ainsi un habile subterfuge rhétorique qui ne doit pas faire oublier la présence régulière de la chroniqueuse sur la scène médiatique depuis une douzaine d’années31.

La mise en rapport des stratégies d’énonciation et du portrait sociologique d’ensemble des femmes de lettres canadiennes-françaises au tournant du xxe siècle s’avère ainsi un moyen efficace de lier texte et contexte afin de cerner les enjeux spécifiques des pratiques littéraires de cette cohorte de femmes de lettres. Apparaît ainsi clairement que c’est en ajustant constamment par les stratégies discursives la portée de leur propos afin d’en assurer une lecture conforme aux attentes perçues que les femmes semblent s’assurer du degré maximal d’acceptabilité.

Conclusion

Ces quelques éléments d’une sociopoétique historique sont le résultat des différents problèmes, constats et solutions qui ont jalonné mon parcours vers une meilleure compréhension des enjeux de l’écriture des femmes au tournant du xxe siècle. Le principal intérêt de cette sociopoétique est qu’elle permet d’éviter certains des écueils interprétatifs auxquels ont été condamnés la majorité des travaux de synthèse, faute de la volonté ou des moyens de couvrir l’ensemble du littéraire, et dont le temps a fini par les transformer en « vérités ». Un premier ensemble d’écueils  regroupe les allusions au fait que les femmes n’aient pas écrit ou pas écrit ce que nous aurions voulu qu’elles écrivent. Un second ensemble consiste à lire leurs textes au premier degré et simplifier ainsi considérablement la portée de leurs stratégies. Un troisième est lié à des analyses textuelles qui ne reposent pas sur une compréhension assez approfondie du champ et des trajectoires des auteurs, et qui tend à exceptionnaliser au détriment de la cohérence de certaines pratiques. Enfin, un dernier écueil est certainement celui qui découle de la sélection même de nos objets de recherche, tributaire de notre position autant que de notre satisfaction, et qui me fait adhérer à l’idée que « […] d’un point de vue historique, il n’y a aucune raison de privilégier une forme par rapport à une autre, sous le prétexte qu’elle nous paraît plus intéressante à commenter. Plus grave encore : ce parti pris interprétatif conduit à ignorer ou à sous-estimer des réalités culturelles capitales, donc à commettre de vraies erreurs historiques, par omission32 ».

Et même une fois le travail réalisé, des obstacles subsistent. Le principal défi est certainement celui des modalités d’une histoire inclusive des acquis de cette sociopoétique historique. La question de la valeur reste centrale à la plupart des entreprises de synthèse et malgré que la connaissance des pratiques moins légitimes progresse, l’espace qu’on accorde à ces pratiques continue à être celui de brèves synthèses visant à contextualiser les pratiques dominantes33. Même dans le contexte de travaux d’une série d’ouvrages comme La vie littéraire au Québec, dont le principe même est d’élargir la compréhension de l’émergence des pratiques et de la façon dont elles acquièrent l’importance qu’on leur accorde, le sort à faire aux pratiques moins légitimes est dilemme constant, notamment en raison de l’interface parfois minime et des logiques résolument distinctes entre l’histoire des pratiques légitimes et celle des pratiques dominées. Il reste la solution du ghetto d’une histoire distincte, partiellement satisfaisante ou, encore bien prospective, la possibilité que les avancées de la technologie informatique nous permette de réaliser de manière satisfaisante une histoire moins linéaire.

Université du Québec à Montréal


Notes

  1. Je tiens à remercier le CRSH pour son appui financier. Merci également à ma collègue Julie Roy, dont les travaux et la perspective sur l'histoire littéraire des femmes ont contribué de longue date à alimenter mes réflexions, de même qu'à toutes les auxiliaires de recherche qui ont contribué à ces travaux sur les femmes de lettres.

  2. Je ne mentionne que les principales référence qui focalisent sur cette période : Blodgett (Edward Dickinson) et Potvin (Claudine) (dir.), Relire Angéline de Montbrun au tournant du XXe siècle, Québec, Nota bene, 2006 ; Carrier (Annie), « Une pionnière du journalisme féministe québécois : Françoise, pseudonyme de Robertine Barry », Les cahiers du GREMF, n° 16, 1988 ; Gerson (Carole), « The Business of a Woman's Life : Money and Motive in the Careers of Early Canadian Women Writers », dans Women's Writing and the Literary Institution/L'écriture au féminin et l'institution littéraire, sous la direction de Claudine Potvin et Janice Williamson, Edmonton, Research Institute for Comparative Literature, 1992, pp. 77-94 ; Gosselin (Line), « Les journalistes québécoises : 1880-1930 », Recherches féministes, vol. VIII, n° 2, 1995, pp. 189-191 ; Goulet (Micheline), Une littérature de la contrainte et de l'obédience : analyse des œuvres des écrivains féminins du Canada français de 1900 à 1919, thèse présentée à l'Université de Sherbrooke, Sherbrooke, 2001 ; Lang (Marjory), Women who Made the News : Female Journalists in Canada, 1880-1945, Montréal/Kingston, McGill University Press/Queen's University Press, 1999 ; Murray (Heather), Come Bright Improvement!: The Literary Societies of Nineteenth-Century Ontario, Toronto, University of Toronto Press, 2002 ; Pilon (Simone), Constitution du corpus québécois des écrits des femmes entre 1883 et 1893 et analyse de l'usage des pseudonymes, thèse présentée à l'Université Laval, Québec, 1999, 2 vol. ; Robert (Lucie), « D'Angéline de Montbrun à La chair décevante : la naissance d'une parole féminine autonome dans la littérature québécoise », dans L'Autre lecture, sous la direction de Lori Saint-Martin, Montréal, XYZ, 1992, vol. 1, pp. 99-110 ; Turcotte (Hélène), Générique littéraire : devenir auteure au tournant du siècle, 1885-1925, thèse présentée à l'Université Laval, Québec, 1996.

  3. Dans la foulée, par exemple, des travaux en histoire des femmes et de la pensée féministe couvrant cette période, notamment, pour ne mentionner que les références les plus générales, ceux du Collectif Clio, L'histoire des femmes au Québec depuis quatre siècles, Montréal, Quinze, 1992, ou : Toupin (Louise) et Dumont (Micheline) (éd.), Anthologie de la pensée féministe au Québec (1900-1985), Montréal, Remue-Ménage, 2003.

  4. Et tout particulièrement l'article : Vaillant (Alain) et Thérenty (Marie-Ève), « Histoire littéraire et histoire culturelle », dans Histoire culturelle du contemporain : actes du colloque de Cerisy, sous la direction de Laurent Martin et Sylvain Venayre, Paris, Nouveau Monde Éditions, 2005, pp. 271-290.

  5. Planté (Christine), « La place des femmes dans l'histoire littéraire : annexe, ou point de départ d'une relecture critique ? », Revue d'histoire littéraire de France, n° 3, 2003, p. 656.

  6. Andrès (Bernard), Écrire le Québec : de la contrainte à la contrariété. Essai sur la constitution des Lettres, Montréal, XYZ, coll. « Études et documents », 2001 ; Cambron (Micheline) (dir.), Le Journal Le Canadien. Littérature, espace public et utopie, 1836-1845, Montréal, Fides, 1999 ; Cambron (Micheline) et Lüsebrink (Hans-Jürgen), « Presse, littérature et espace public. De la lecture et du politique », Études françaises, vol. XXXVI, n° 3, 2000, pp. 127-145 ; Doyon (Nova) et Roy (Julie) (dir.), Le littéraire à l'œuvre dans les périodiques québécois du XIXe siècle, Projet Archibald, « Nouveaux cahiers de recherche », n° 3, CRILCQ, Montréal, Université de Montréal, 2005 ; Thérenty (Marie-Ève) et Vaillant (Alain), 1836, l'an I de l'ère médiatique. Analyse littéraire et historique de La Presse de Girardin, Paris, Nouveau Monde Editions, 2001 ; Ibid., Presse et plumes, Paris, Nouveau Monde Éditions, 2004 ; Thérenty (Marie-Ève), Mosaïques. Etre écrivain entre presse et roman (1829-1836), Paris, Librairie Honoré Champion, coll. « Romantismes et Modernité », 2003.

  7. Dans la foulée des propositions d'Alain Viala : Molinié (Georges) et Viala (Alain), Approches de la réception. Sémiostylistique et sociopoétique de Le Clézio, Paris, P.U.F., 1993. Nous incluons également ici le travail de Jérôme Meizoz, notamment : Meizoz (Jérôme), L'œil sociologue et la littérature, Genève, Slatkine, 2004 ; Ibid., Postures littéraires. Mises en scène modernes de l'auteur, Genève, Slatkine, 2007.

  8. Ces travaux concernent de trois projets de recherche. D'abord, c'est directement des travaux de l'équipe de La vie littéraire au Québec et plus particulièrement les tomes IV, V et VI qu'émanent la sociologie des acteurs qui est à la base de notre réflexion. En outre, les recherches sur « La naissance de la critique littéraire au féminine » et sur « L'histoire littéraire des femmes : stratégies de légitimation et principes de filiation », tous deux subventionnés par le CRSH, fournissent le cadre de travaux plus ponctuels menés sur certains aspects de la production des femmes de lettres.

  9. En témoigne notamment l'introduction du premier volume du Dictionnaire des œuvres littéraires du Québec, de même que, à quelques nuances près, la majorité des travaux généraux sur l'histoire littéraire du Québec.

  10. Je dois les deux à l'équipe de La Vie littéraire (tome V), à laquelle je me suis associée notamment pour étudier les pratiques littéraires des femmes et leur place dans le champ littéraire à partir du tome V.

  11. Pour la périodisation, qui va de 1893 à 1918, j'ai arrêté mon choix sur deux dates significatives du point de vue des pratiques d'écriture des femmes sous le régime journalistique : 1893 est la date du premier périodique féminin canadien-français Le coin du feu (1893-1896), créé et dirigé par Joséphine Marchand Dandurand ; 1919 est la date à laquelle est créée la Revue moderne, fondée et dirigée par Madeleine.

  12. La liste est constituée de tous les titres portant une signature féminine qui figurent dans la bibliographie des œuvres du tome V de La vie littéraire au Québec. Voir Saint-Jacques (Denis) et Lemire (Maurice) (dir.), La vie littéraire au Québec 1895-1918, t. V, Québec, Presses de l'Université Laval, 2005, pp. 495-553.

  13. Mes sources sont la trentaine de dossiers bio-bibliographiques constitués par le tome V de La vie littéraire au Québec. Voir le chapitre « Les acteurs » dans Saint-Jacques (Denis) et Lemire (Maurice) (dir.), op. cit., pp. 73-103.

  14. Ces deux chercheures collaborent maintenant dans le contexte d'un projet intitulé « Masculine/Féminin dans la presse du xixe siècle ».

  15. Je prolonge ici en quelque sorte une réflexion amorcée dans ma thèse de doctorat au sujet des best-sellers féminins comme exemple de culture moyenne, ou de ce que Lucie Robert, analysant les Filles de Caleb d'Arlette Cousture, avait désigné comme « Une esthétique du centre ». Voir Milot (Louise) et Roy (Fernand) (dir.), Les figures de l'écrit : relecture de romans québécois des Habits rouges aux Filles de Caleb, Québec, Nuit blanche, 1993.

  16. Goulet (Micheline), op. cit.

  17. Meizoz (Jérôme), Postures littéraires. Mises en scène modernes de l'auteur, op. cit.

  18. Molinié (Georges) et Viala (Alain), op. cit.

  19. Ibid.

  20. Née Robertine Barry, 1863-1910. J'ai publié une étude plus détaillée de l'évolution de son discours en fonction des tribunes médiatiques occupées. Voir Savoie (Chantal), « Françoise, Literary Critique : Editorial Reach and Discursive Strategies », Studies in Canadian Literature, vol. XXXII, n° 1, 2007, pp. 21-33.

  21. Françoise (Robertine Barry), « Chronique du lundi », La Patrie, 20 février 1899.

  22. Françoise (Robertine Barry), « Chronique du lundi », La Patrie, 8 mai 1899.

  23. Françoise (Robertine Barry), « Le coin de Fanchette », La Patrie, 23 avril 1898.

  24. Françoise (Robertine Barry), « Le coin de Fanchette », La Patrie, 6 août 1898.

  25. Françoise (Robertine Barry), Chroniques du Lundi, 1er vol. 1891-1895, Montréal, s.e., 1895.

  26. Françoise (Robertine Barry), Fleurs champêtres, Montréal, La Cie d'imprimerie Desaulniers, 1895.

  27. Voir à ce sujet l'étude de Boulard (Claire), Presse et socialisation féminine en Angleterre de 1690 à 1750 : conversations à l'heure du thé. Étude du Gentleman's Journal, du Spectator et du Female Spectator, Paris, L'Harmattan, 2000 et celle de Lévrier (Alexis), Les journaux de Marivaux et le monde des « spectateurs », Paris, Presses de l'Université Paris Sorbonne, 2007.

  28. Françoise, Madeleine, Gaétane de Montreuil, Colette, Colombine, Ginevra, etc., toutes ces femmes qui signent le plus souvent d'un pseudonyme prénom et que j'ai étudiées dans Savoie (Chantal), « Persister et signer : Les signatures féminines et l'évolution de la reconnaissance sociale de l'écrivaine (1893-1929) », Voix et images, vol. XXX, n° 1, automne 2004, pp. 67-79.

  29. Pseudonyme d'Anne-Marie Gleason, 1875-1943. J'étudie spécifiquement le cas de Madeleine et l'importance du modèle des salons littéraires mondains dans son discours et dans la structure du « Royaume des femmes » de La Patrie dans Savoie (Chantal), « Madeleine, critique et mentor littéraire dans les pages féminines du quotidien La Patrie au tournant du XXe siècle », dans Interrelations femmes-médias dans l'Amérique française, sous la direction de Josette Brun, Québec, CEFAN/Presses de l'Université Laval, 2009.

  30. Fadette, « Lettre », Le Devoir, 12 octobre 1911, p. 4.

  31. Rappelons que c'est à la suite du décès de son mari, en 1897, qu'Henriette Dessaulles-Saint-Jacques amorce une carrière de journaliste, d'abord en répondant au courrier de graphologie du quotidien La Patrie, puis en collaborant à plusieurs journaux et magazines, dont Le Journal de Françoise (de 1906 à 1909), Le Canada (de 1906 à 1914) et La Femme (1908-1912) Outre le pseudonyme de Fadette qu'elle utilise pour signer ses « Lettres » dans Le Devoir, Henriette Dessaulles signe Jean DesHaies (ou DesHayes), Danielle Aubry, Hélène Rollin, Claude Ceyla, Marc Lefranc et Mécréant. Voir notamment Savoie (Chantal), « Moins de dentelle, plus de psychologie et une heure à soi : les Lettres de Fadette et la chronique féminine au tournant xxe siècle », dans Tendances actuelles en histoire littéraire canadienne, sous la direction de Denis Saint-Jacques, Québec, Nota bene, 2003, pp. 183-199.

  32. Thérenty (Marie-Ève) et Vaillant (Alain), « Histoire littéraire et histoire culturelle », op. cit., p. 279.

  33. J'en donne pour exemple la néanmoins excellente synthèse : Biron (Michel), Dumont (François) et Nardout-Lafarge (Élisabeth), Histoire de la littérature québécoise, Montréal, Boréal, 2007 qui évoque en un paragraphe de dix lignes l'ensemble de la presse et du journalisme féminin au tournant du siècle, et en un autre de la même taille l'ensemble de la littérature populaire pour la même période.


Pour citer cet article :

Chantal Savoie, « Pour une sociopoétique historique des pratiques littéraires des femmes », dans Carrefours de la sociocritique, sous la direction d'Anthony Glinoer, site des ressources Socius, URL : http://ressources-socius.info/index.php/reeditions/24-reeditions-de-livres/carrefours-de-la-sociocritique/131-pour-une-sociopoetique-historique-des-pratiques-litteraires-des-femmes, page consultée le 16 janvier 2021.

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