Quarante années durant, le « Que sais-je ? » de Robert Escarpit a été la synthèse de référence sur la sociologie de la littérature1. Dans le domaine francophone et ailleurs, grâce aux nombreuses traductions, Sociologie de la littérature a garni les bibliothèques privées et publiques (l’auteur évoque en 1992 le chiffre de 100 000 exemplaires vendus des sept premières éditions du livre2) tandis que les étudiants formés à la sociologie de la littérature jusque dans les années 1990 ont continué à y avoir, l’auteur de ces lignes peut en témoigner, fréquemment recours, quoique prévenus du caractère daté du travail sociologique d’Escarpit. Il a fallu attendre 2000 pour que paraisse une nouvelle synthèse sur le sujet (Paul Dirkx dans la collection « Cursus » d’Armand Colin) auxquelles deux autres se sont ajouté depuis (Paul Aron et Alain Viala pour un nouveau « Que sais-je ? » en 2006 ; Gisèle Sapiro dans la collection « Repères » des éditions La Découverte en 2015).

Pour les littéraires, le nom de Robert Escarpit reste attaché à une branche de la sociologie de la littérature : la sociologie empirique du livre et de la lecture. Dans les années 60, cela a été son terrain de recherche principal avec la publication de l’Atlas de la lecture à Bordeaux (1963), La Révolution du livre (1965), Le Livre et le conscrit (1966, avec Nicole Robine et André Guillemot) et enfin Le Littéraire et le social. Eléments pour une sociologie de la littérature (1970), ouvrage collectif largement consacré aux recherches d’Escarpit et de son équipe. Dans la longue et riche carrière de Robert Escarpit, la sociologie des faits littéraires n’aura toutefois été qu’une étape3. Né en 1918, ce fils d’instituteur, journaliste dans les Brigades internationales au sortir de l’enfance, poursuit une formation en études anglaises avec une thèse sur Byron. Il se spécialise ensuite dans la littérature comparée dont il obtient la chaire à l’Université de Bordeaux et qu’il contribue à institutionnaliser avec la création de la Société française de littérature comparée.

Trop mouvant pour rester longtemps installé dans un fauteuil, Escarpit décide, alors qu’il n’a « jamais fait de sociologie de [s]a vie », de quitter les rangs des herméneutes et d’opérer un virage vers les études empiriques sur le livre et la lecture : « j’ai toujours pensé que le discours sur le discours des autres, ce n’était pas un métier. Faire du baratin sur des livres, sur des écrits des autres, c’était très agréable pour soi, très agréable pour les étudiants qui écoutaient, mais cela n’apportait pas grand-chose... En tout cas, ce n’était pas scientifique4. » La quête de scientificité l’amène à la fin des années 1950 à entreprendre une série d’actions décisives : la collaboration avec la section « livre » de l’UNESCO, qui lui fournit une masse inépuisable de données sur la communication par l’écrit, la publication de Sociologie de la littérature puis la fondation à Bordeaux du Centre de sociologie des faits littéraires, rebaptisé ensuite Institut de Littérature et de Techniques Artistiques de Masse (ILTAM) et bientôt laboratoire de recherche associé au CNRS .

Pas plus qu’il ne s’est arrêté à la littérature comparée, Escarpit ne s’en tient à la démarche sociologisante. Second virage intellectuel et institutionnel majeur : il organise des programmes professionnalisants en Sciences de l’information et de la communication, crée un autre centre de recherche, le LASIC (Laboratoire Associé des Sciences de l’Information et de la Communication), fonde une section de journalisme à l’IUT et participe à la création d’une section du CNU (à l’époque Comité Consultatif des Universités) dédiée aux Sciences de l’information et de la communication. C’est la période (1960-1972) de ce qu’Anne-Marie Laulan appelle « l’effervescence bordelaise ». Bien entouré désormais par une équipe de chercheurs (Robert Estivals, Pierre Orecchioni, Gilbert Mury, Nicole Robine pour les littéraires), il publie de son côté une Théorie générale de l’information et de la communication (1976) qui deviendra le principal classique de cette discipline pour toute une génération. La dernière partie de sa vie n’est pas moins riche que les précédentes : auteur d’une vingtaine de romans, il a aussi publié trente ans durant des chroniques en « une » du Monde, a été élu conseiller régional d’Aquitaine apparenté communiste et a été très actif sur le terrain associatif à Bordeaux jusqu’à sa mort en 2000.

Sociologie de la littérature annonce l’avènement de « l’École de Bordeaux » et veut en quelque sorte en être le manifeste. « C’est un livre volontairement provocateur, se souvient Escarpit dans une interview, où se posent plus de questions que je ne donne de réponses, mais il a eu un succès fantastique5. » Le livre n’était pas une commande des Presses Universitaires de France et, à en croire Escarpit, la réaction de l’éditeur Paul Angoulvant après la lecture de ce « petit bouquin » a été enthousiaste : « c’est le livre que nous attendions, nous les éditeurs, nous les gens du livre. Il faut le dire, il faut le répéter. » Le titre, proposé par l’éditeur, déclarait l’ambition de fondation disciplinaire. Ce à quoi Escarpit s’est ensuite attelé avec la création du Centre de sociologie des faits littéraires et le démarrage de vastes chantiers de recherche (sur les lectures des conscrits, les adaptations, les bibliothèques d’entreprises, etc.). À l’époque, il s’agissait d’imposer une marque alors qu’à quelques centaines de kilomètres de Bordeaux, un autre intellectuel de haut calibre œuvrait à jeter les bases théoriques et institutionnelles de la sociologie de la littérature6. Lucien Goldmann avait publié en 1955 Le Dieu caché et en 1959 ses Recherches dialectiques. Établi jusque-là à Paris, l’Université libre de Bruxelles l’a invité en 1961 à rejoindre puis à diriger le Centre de Sociologie de la littérature que l’Institut de Sociologie venait de créer. La pensée à la fois philosophique et sociologique de Goldmann a été au cœur des débats sur les rapports entre le social et le littéraire au cours des années 1960, en particulier dans les ouvrages collectifs et les numéros de la Revue de l’Institut de sociologie que Goldmann a dirigés, tels Problèmes d’une sociologie du roman (1963) et Littérature et société, Problèmes de méthodologie en sociologie de la littérature (1967) où Goldmann dialogue avec Escarpit, Adorno, Köhler, Leenhardt, Barthes et d’autres. L’effet de concurrence entre les deux centres intellectuels de la sociologie de la littérature7 n’a pas produit d’éclat et a préfiguré une répartition des tâches et des perspectives d’analyse qui s’est maintenue par la suite : du côté de Goldmann la grande littérature (Malraux, Robbe-Grillet, Racine), la démarche philosophique inspirée de Lukács, la mise en relation dialectique des textes et des contextes de production par la médiation du groupe social auquel appartient l’auteur ; du côté d’Escarpit la littérature de masse, l’accumulation des données empiriques sur les faits littéraires, l’intégration des publics (contemporains et postérieurs) à l’équation de la communication littéraire. Ils ont aussi beaucoup en commun : la proximité avec la pensée marxiste, dont l’un et l’autre se réclament à plusieurs égards, et une démarche totalisante visant à saisir le procès de création (Goldmann) et de transmission (Escarpit) du littéraire dans son ensemble. Les années d’effervescence 1955-1970 (jusqu’à la mort de Goldmann) ont ainsi doté la sociologie de la littérature de deux centres de recherche et de deux chefs de file de haut calibre ; elles ont aussi attaché à cette « discipline en marche » (Paul Dirkx) de profondes contradictions sur la signification et le sens à donner à l’expression même de « sociologie de la littérature ». L’entrée dans le débat de la sociocritique (dans le premier numéro de la revue Littérature en 19718) et de la sociologie du champ littéraire de Pierre Bourdieu (avec l’article fondateur « Le marché des biens symboliques » la même année) déplacera sans la résoudre cette tension fondatrice et, somme toute, structurante pour les approches sociales du littéraire.

Paul Dirkx et Laurence Van Nuys ont chacun produit une excellente analyse des propositions théoriques de Robert Escarpit dans Sociologie de la littérature9. Je renverrai donc à leur travail respectif et me contenterai de relever quelques inflexions générales du livre. Même si un tiers à peine du volume y est consacré, la question des publics et de la consommation (on dira plus tard de la « réception ») est au cœur de la démarche d’Escarpit, à la fois sur le plan de la méthodologie (acquisition et classement de données), sur le plan théorique (la littérature conçue comme une communication) et sur le plan politique (la réaction contre l’élitisme culturel des « grandes œuvres » professé par des penseurs du social comme Goldmann et Adorno). Le public avait été le grand oublié de l’histoire littéraire d’avant-guerre et les formes d’analyse traditionnelles (commentaire textuel et biographie d’auteur) n’en faisaient aucun cas. La nouveauté est venue de la philosophie : Sartre avait proposé dans Qu’est-ce que la littérature ? (1948) des analyses capitales pour penser l’inclusion de la réception dans l’étude sociale (mais non sociologique, Sartre s’en défendait) de la littérature. Pour le philosophe, « l’objet littéraire est une étrange toupie qui n’existe qu’en mouvement » quand elle est mise en branle par la lecture ; Escarpit fait sienne cette conception mais se dote pour la faire valoir des moyens de la statistique et de la bibliométrie naissante (on parle plutôt à l’époque de bibliologie).

La communication littéraire selon Sociologie de la littérature s’organise en trois temps : la production (les écrivains), la distribution (les éditeurs, les libraires, les circuits lettrés et populaires) et la consommation (les publics, la mesure du succès, les habitudes de lecture). Pour le dire autrement : « Aussi, tout “fait littéraire”, si on l’aborde d’un point de vue phénoménologique (en tant que phénomène) et non pas ontologique, implique-t-il un “circuit d’échanges” entre trois pôles : le producteur, le distributeur et le consommateur : “il y a ‒ au moins ‒ trois mille façons d’explorer le fait littéraire”. Ce fait est toujours un phénomène à trois dimensions, chaque point du circuit contenant les trois dimensions à la fois (p. ex. la diffusion se faisant en fonction de l’écrivain et de son livre, d’un côté, du public, de l’autre)10. » Cette répartition en trois pôles, temps ou dimensions connaîtra une longue fortune, notamment dans les programmes d’enseignement où elle s’articule parfaitement au modèle de la communication inspiré par Shannon et développé à la même époque par le linguiste Roman Jakobson. Malgré ses lacunes (elle retire par exemple toute fonction médiatrice aux acteurs intermédiaires comme les éditeurs, les agents et les bibliothécaires), elle a ouvert la sociologie de la littérature à de multiples domaines et champs de recherche : tant la comparaison internationale des statistiques relatives au livre que l’histoire des formes de financement des écrivains, le relevé des lectures des conscrits, la typologie des lieux et des circonstances où l’on lit et les phénomènes à l’œuvre lors de la transmission de l’œuvre littéraire à travers le temps11. Ainsi pensée, « la sociologie de la littérature représente, aussi bien au niveau programmatique que pratique, une vaste et ambitieuse entreprise contextuelle, objective, empirique et méthodique12 », entreprise totalisante qui donnera plutôt naissance à une pluralité de courants13 qui se reconnaîtront, ou pas, dans la « sociologie de la littérature ».

Le livre de 1958 s’engage lui-même sur plusieurs pistes nouvelles de recherche dont je ne donnerai qu’un exemple14. Sous l’impulsion de quelques pionniers des études empiriques et sociologisantes sur le littéraire (Albert Thibaudet, Daniel Mornet, Henri Peyre), il se penche avec attention sur la notion de génération, que ses pairs avaient adoptée, mais en conteste tout bien pesé la validité scientifique : « Malgré tout l’attrait d’une pareille hypothèse et le vif désir que nous avions de la vérifier, écrit-il, nous n’avons jamais, pour notre part, pu découvrir de rythme régulier vraiment indiscutable dans la succession des générations. » Le facteur générationnel n’est pas à écarter mais il doit, pense Escarpit, être complété par d’autres. Les origines géographiques, les origines sociales (le métier du père), la situation sociale et économique des écrivains (mécénat, second métier, droits d’auteur) et enfin les formes de socialisation des écrivains (associations, écuries d’auteurs) sont abordées (chap. 4), souvent à partir de données très partielles (Escarpit procède par petits échantillons et croise peu ses données). À ma connaissance, Escarpit est le premier à avoir appliqué aux écrivains ces outils statistiques dont les études prosopographiques appliquées au livre et à la littérature (Frédéric Barbier, Christophe Charle, Rémy Ponton, Pierre Bourdieu) systématiseront l’usage.

Totalisante, la démarche d’Escarpit l’est, verticalement, par les types de recherches qu’elle s’assigne, mais aussi, horizontalement, par les objets qu’elle étudie. Le choix du concept de « fait littéraire » jusque dans le nom originel du centre de recherche fondé par Escarpit est significatif de la démarche inclusive qui est la sienne. Parler de « fait littéraire » neutralise les tensions qui ne manquent jamais de surgir à l’usage du terme de « littérature ». Tombent du même coup les hiérarchisations entre ce qui peut ou ne peut pas, devrait ou ne devrait pas faire partie de la catégorie « littérature » (selon les époques : le roman populaire, le roman-photo, le blog, le roman par tweets). Le « fait littéraire » élargit l’empan de la littérature au maximum : « S’opposant à toute forme d’essentialisme littéraire, qui consisterait à définir une fois pour toutes l’“essence” de l’œuvre, la sociologie de la littérature se présente aussi comme un correctif à toute prénotion normative, à toute tentative, consciente ou inconsciente, d’idéaliser une ou plusieurs composantes du système littéraire15. » Homme de gauche, militant associatif, créateur de programmes universitaires, Escarpit a toujours eu à cœur de traquer les élitismes et de promouvoir les lectures populaires.

Un tel refus de se plier devant les échelles de la légitimation universitaire le mettait en marge des études littéraires, comparées ou non, tout acquises à l’époque soit au commentaire des grands textes des grands auteurs, soit à la biographie érudite de minores16. À la fin des années 1950 et pour longtemps encore, l’étude des « cultures médiatiques » est réservée à des érudits qui publient en marge de l’institution universitaire dans des revues confidentielles. De leur côté, les principaux penseurs sociaux de la littérature (Sartre, le Barthes du Degré zéro de l’écriture, Adorno et Horkheimer) soutenaient l’existence, à partir de la seconde moitié de XIXe siècle, d’un great divide17 entre culture de masse et culture lettrée : au sein de cette dernière exclusivement se recrute le grand écrivain (Sartre) qui a su développer une écriture (Barthes)18. Contre les uns et les autres, Escarpit ouvre les portes de l’université (de province) aux littératures de masse, percée institutionnelle qui s’élargira avec les travaux ultérieurs de l’une de ses recrues, Pierre Orecchioni. Sa démarche a une motivation politique : loin de voir dans la Kultuurindustrie le creuset de toutes les aliénations, comme s’y employait les membres de l’École de Francfort, Escarpit adhère au contraire à une vision positive, parfois même enchantée de la culture de masse, en particulier de la culture écrite (face au tropisme audiovisuel hérité de McLuhan). Elle seule lui paraît source de démocratisation dans la société et serait même susceptible de fournir aux masses les outils de leur libération (Escarpit mettra d’ailleurs en pratique cet intérêt en enseignant, pour la première fois sans doute dans les murs de l’Université française, la série des San Antonio).

Il serait vain de relever tout ce qui, dans ce livre vieux de plus d’un demi-siècle, paraît aujourd’hui daté ou lacunaire : sur le second métier des écrivains, sur le rôle moteur de l’éditeur, sur les phénomènes littéraires transnationaux, sur les mécanismes de consécration et surtout sur le texte littéraire lui-même, pratiquement pas mobilisé tout au long du livre. Toutes ces avenues seront empruntées plus tard et par d’autres. Il revient à Robert Escarpit, à l’instar de Lucien Goldmann, d’avoir proposé avec « intrépidité19 » un programme totalisant à la sociologie de la littérature. Si les perspectives de recherche dominantes depuis les années 1970 dans les approches sociales du fait et du texte littéraire (l’histoire de l’édition, la sociologie des champs, la sociocritique, l’esthétique de la réception, etc.) ne se sont pas reconnues dans l’empirisme positif d’Escarpit, le programme qu’il a tracé a été à bien des égards rempli.

 

Les rééditions

Un mot enfin sur les mises à jour qu’a apportées Escarpit à son texte dans ses rééditions. Trente-six ans séparent la dernière édition de la main d’Escarpit (1992) de l’édition originale de 1958. La comparaison entre les deux se révèle instructive. Il s’agit principalement de mises à jour de chiffres, de la terminologie (apparaissent par exemple les expressions paper back et livre-objet) et des classements des pays selon la production, la vente, la distribution des livres, etc. Sont ajoutés des paragraphes à propos des grands changements dans le monde du livre en France : l’ouverture de la FNAC, de la Direction du Livre ou encore la loi Lang sur le prix unique du livre. Certaines expressions, devenues désuètes, disparaissent : ainsi la « littérature à l’estomac » que Julien Gracq avait dénoncée en 1950 devient la « littérature alimentaire » dans la dernière version. De même, alors que la « littérature engagée » était considérée en 1958 comme la « dernière en date des tentatives » pour « établir entre elle [la littérature] et la collectivité de nouveaux rapports organiques », il n’en va plus de même en 1992. Certaines références s’ajoutent, à la faveur d’une note ou d’un paragraphe (à Jean Duvignaud pour sa sociologie du théâtre, à Lucien Goldmann, à Roland Barthes, à Tel Quel) ; d’autres s’effacent (Jean Pommier, Etiemble).

Curieusement, alors que dans Le littéraire et le social Escarpit appelle de ses vœux le développement de disciplines voisines pourvues chacune de ses méthodes20, les rééditions de Sociologie de la littérature restent fermées aux principales tendances des années 1970-1990. Les noms de Claude Duchet, de Marc Angenot, de Pierre Bourdieu n’apparaissent pas dans l’édition de 1992. Escarpit, passé à autre chose dans ses recherches personnelles, consacre plutôt ses mises à jour aux travaux menés par l’ILTAM à Bordeaux (par exemple avec l’ajout d’une mention des travaux sur les bibliothèques d’entreprise, « seul moyen sérieux d’aborder le problème de la lecture en milieu ouvrier »).

 

Livres de Robert Escarpit sur la littérature, le livre et la lecture

De quoi vivait Byron? Présenté par André Maurois, Paris, Deux-Rives, coll. « De quoi vivaient-ils ? », 1952.

L’Angleterre dans l’œuvre de Madame de Staël, Paris, Marcel Didier, coll. « Etudes de littérature étrangère et comparée », 1954.

Sociologie de la littérature, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Que sais-je ? », n° 777, 1958.

Atlas de la lecture à Bordeaux, Bordeaux, Faculté des Lettres et Sciences humaines, 1963.

La Révolution du livre, Paris, Unesco/Presses universitaires de France, 1965.

Le Livre et le conscrit (avec Nicole Robine et André Guillemot), Paris/Bordeaux, Cercle de la Librairie – Société bordelaise pour la diffusion des travaux de lettres et sciences humaines, 1966.

Le Littéraire et le social. Eléments pour une sociologie de la littérature, Paris, Flammarion, coll. « Points/Champ sociologique », n° 5, 1970.

Tendances de la promotion du livre dans le monde, 1970-1978, Paris, Unesco, 1982.


Notes

  1. La présente réédition a été menée à bien grâce au travail d’assistanat de recherche de Julien Côté. Qu’il en soit ici remercié, de même qu'Olivier Lapointe pour son aide précieuse au moment de la mise en ligne.

  2. Interview de Robert Escarpit par Jean Devèze et Anne-Marie Laulan, juillet 1992, disponible à l’adresse http://www.uni-bielefeld.de/lili/personen/rwolff/interview%20Escarpit.htm.

  3. Je puise mes renseignements dans (Fourgeaud) Maïka et Robine (Nicole), Hommage à Robert Escarpit. Universitaire, écrivain, journaliste. 24 avril 1918 – 19 novembre 2000, Bordeaux, Presses universitaires de Bordeaux, coll. « Lecteur – Bibliothèques – Usages Nouveaux », 2001 ; Laulan (Anne-Marie), « Autour de Robert Escarpit : l’effervescence bordelaise (1960-1972) », Hermès, n° 48, 2007, pp. 95-100.

  4. Interview de Robert Escarpit, op. cit.

  5. Ibid.

  6. Notons qu’en cette année climatérique paraissent aussi Anthropologie structurale de Claude Lévi-Strauss et L’apparition du livre de Lucien Febvre et Henri-Jean Martin.

  7. Heyndels (Ralph), « Le centre de sociologie de la littérature de l'Université de Bruxelles », Études littéraires, vol. 21, n° 2, 1988, pp. 121-129.

  8. Après l’article fondateur de Claude Duchet, « Pour une socio-critique, ou variations sur un incipit », y figurent des textes de Jean Decottignies, Jacques Dubois, Roger Fayolle, Pierre Barbéris, ou encore de Jacques Leenhardt (sur Lucien Goldmann).

  9. Dirkx (Paul), Sociologie de la littérature, Paris, Armand Colin, 2000 ; Nuijs (Laurence van), « La sociologie de la littérature selon Escarpit. Structure, évolution et ambiguïtés d'un programme de recherche », Poétique, n° 149, 2007-1, pp. 107-127.

  10. Dirkx (Paul), Sociologie de la littératureop. cit., p. 104.

  11. Escarpit propose à ce sujet le concept de « trahison créatrice » par laquelle l’œuvre littéraire, « sans qu’elle cesse d’être elle-même, lui faire dire dans une autre situation historique autre chose que ce qu’elle a dit de façon manifeste dans sa situation historique originelle ». D’autres chercheurs se pencheront par la suite sur cette question : si H. R. Jauss critique vertement « l’objectivisme réducteur » d’Escarpit (Pour une esthétique de la réception, Paris, Gallimard, coll. « Tel », 1990 (1974), p. 60), d’autres (Pierre Macherey, Jean-Pierre Esquenazi) réfléchiront aux mêmes questions sans savoir que le comparatiste bordelais les avait précédés sur cette voie.

  12. Van Nuijs (Laurence), op. cit., p. 115.

  13. Dans les décennies suivantes, la sociologie des écrivains s’est développée sous l’influence de Pierre Bourdieu ; Jacques Dubois et d’autres ont lancé une sociologie historique des institutions et des médiations littéraires (le groupe, l’académie, la censure, etc.) ; la sociologie de la lecture telle que pratiquée à Bordeaux a commencé à voisiner avec d’autres approches (l’esthétique de la réception de Jauss et Iser, la sociologie de la critique journalistique de Joseph Jurt) ; a pris consistance une psycho-sociologie de la lecture, etc. Par ailleurs, l’histoire du livre et de l’édition a progressivement élargi ses intérêts à toute la « chaîne du livre », notoirement les usages du livre (Roger Chartier) et la médiation éditoriale (Jean-Yves Mollier). Enfin, la dimension textuelle, qu’Escarpit occulte presque complètement (pour la faire resurgir avec la question des traductions, des adaptations et des rééditions des œuvres du passé), a été privilégiée par les divers courants de la sociocritique et de la socio-poétique (Edmond Cros, Claude Duchet, Philippe Hamon, Alain Viala, Peter Zima).

  14. Tout aussi stimulante est la réflexion qu’il propose sur la difficulté fondamentale posée au travail de l’éditeur selon Escarpit, à savoir de faire correspondre le « public théorique » qu’il se figure être celui de tel livre avec le public réel de ce livre (chap. 5).

  15. Van Nuijs (Laurence), op. cit., pp. 112-113.

  16. Que l’on pense seulement à la thèse de Claude Pichois, publiée sous le titre Philarète Chasles et la vie littéraire au temps du romantisme en 1965.

  17. Huyssen (Andras), After the Great Divide: Modernism, Mass Culture, Postmodernism, Bloomington, Indiana University Press, 1986.

  18. Ce qui n’empêchera pas l’un de promouvoir les auteurs policiers américains et l’autre de faire les pénétrantes analyses que l’on sait sur la culture de masse dans le cadre d’une sémiologie critique des mythologies petites-bourgeoises.

  19. C’est ainsi qu’il en parle dans Le littéraire et le social : « un travail auquel il faut reconnaître les mérites de l’intrépidité et de la sincérité » mais seulement un « point de départ » (Paris, Flammarion, coll. « Champs », 1970, p. 41).

  20. Il se félicite que parmi les auteurs de Le littéraire et le social « il y a des positivistes et il y a des marxistes, il y a des  sartriens, des goldmanniens et des barthiens » (ibid., p. 8) et il écrit ensuite : « Il faut donc un arsenal méthodologique très souple, les deux armes de base étant pour l’étude du particulier l’analyse structurale ou dialectique, pour l’étude du multiple l’exploitation statistique. Le donné, appréhendé par des techniques qui peuvent aller de la lecture individuelle à l’enquête directive ou non directive, doit être élaboré parallèlement selon les diverses branches du savoir où le phénomène littéraire se trouve impliqué : histoire, linguistique, esthétique, économie, etc., la cohérence de l’ensemble étant établie par des hypothèses de travail provisoires dans lesquelles peuvent se traduire les motivations profondes du chercheur » (Ibid., p. 40).


Pour citer cet article :

Robert Escarpit, Sociologie de la littérature, édition présentée par Anthony Glinoer, site des ressources Socius, URL : http://ressources-socius.info/index.php/reeditions/17-reeditions-de-livres/173-sociologie-de-la-litterature, page consultée le 22 janvier 2019.