DÉFINITION

L’usage des termes de « minoritaire » ou « mineur » renvoie à la notion politique de « minorité », dont la définition fait l’objet de discussions. L’une de ses formulations les plus connues est celle de Francesco Capotorti, rapporteur spécial de la sous-commission de la lutte contre les mesures discriminatoires et de la protection des minorités des Nations-Unies. Selon cette définition, une minorité est « un groupe numériquement inférieur au reste de la population d’un État, en position non dominante, dont les membres – ressortissants de l’État - possèdent, du point de vue ethnique, religieux ou linguistique, des caractéristiques qui diffèrent de celles du reste de la population et manifestent, même de façon implicite, un sentiment de solidarité, à l’effet de préserver leur culture, leurs traditions, leur religion ou leur langue » (Capotorti, 1979).

Cette notion, indissociable de la construction des États-nations, se nourrit de l’actualité internationale (colonisation, décolonisation, phénomènes contemporains découlant de l’héritage colonial, intensification des flux migratoires internationaux, etc.). Elle s’alimente de la prise de conscience par des communautés de ce qui les distingue des collectivités dominantes et partant, des expressions de revendication du respect des droits civiques et politiques individuels ou des droits spécifiques aux groupes (Kymlicka, 1995).

Dans le domaine des études littéraires, les termes « minoritaire » et « mineur » renvoient aux liens hiérarchisés entre littératures et langues, « centre » et « périphéries », littératures et héritages culturels considérés comme minorisés. Ces rapports de domination, qui se jouent dans l’espace d’un champ littéraire donné, se traduisent objectivement au sein des instances de légitimation littéraire et subjectivement dans le discours des agents littéraires concernés.

Mais si toutes ces littératures traduisent des rapports de domination culturelle, leur définition varie d’une analyse à l’autre, en rapport au contexte d’énonciation et à l’objet d’étude. Plus spécifiquement, le terme « minoritaire » vise un corpus littéraire produit par une minorité dans une langue non dominante ou un corpus littéraire non légitime du point de vue littéraire, donc dominé, sans qu’il soit nécessairement produit par une minorité nationale ou dite ethnique. Le terme « mineur » renvoie quant à lui à la définition canonique proposée par Gilles Deleuze et Félix Guattari visant des littératures des groupes minoritaires produites en longue dominante et possédant une forte teneur politique.

HISTORIQUE DES EMPLOIS

Cette dernière définition s’appuie sur la pensée de Franz Kafka (1883-1924), écrivain tchèque, Juif de langue allemande, qui vit à Prague, alors partie intégrante de l’Empire austro-hongrois et où se côtoient l’allemand, le yiddish et le tchèque. Dans son Journal (décembre 1911, paru en 1951 et traduit en français en 1954), il interroge les littératures nationales émergentes en Europe de l’Est, parmi lesquelles la littérature en langue yiddish à Varsovie et la littérature en tchèque. Pour les désigner, il emploie le terme de « petites » (kleine) littératures, expression que Marthe Robert traduit dans la première version française par « mineures ». Dans l’analyse de Kafka, les « grandes littératures » reflètent la légitimité et le prestige des nations dont elles sont issues, les « petites » l’effervescence et la vitalité propres aux mouvements d’éveil national. Kafka met également l’accent sur les rapports d’interdépendance entre ces « grandes » et « petites » littératures : « Ce qui, au sein des grandes littératures, se joue en bas et constitue une cave non indispensable de l’édifice, se passe ici en pleine lumière ; ce qui, là-bas, provoque un attroupement passager, n’entraine rien de moins ici qu’un arrêt de vie ou de mort » (Kafka, 1984, p. 197).

Ainsi, tout en hiérarchisant implicitement les langues d’énonciation, Kafka met l’accent sur une dépendance objective des « petites » productions littéraires par rapport aux littératures nationales établies. Il souligne également la fonction de légitimation et de reconnaissance que joue toute littérature d’une population donnée vis-à-vis d’elle-même et de l’extérieur : « […] la fierté et le soutien qu’une littérature procure à une nation vis-à-vis d’elle-même et vis-à-vis du monde hostile qui l’entoure […] » (Kafka, 1984, p. 194). Pour Kafka, même une « petite » littérature assure ce rôle de légitimation auprès de la population entière dont sont issus ses créateurs. Dans un contexte marqué par l’éveil national, les « petites » et « grandes » littératures renvoient nécessairement à ce qu’il appelle des « petites » et « grandes » nations. La littérature tchèque écrite en langue tchèque n’est qu’une des composantes de l’identité nationale tchèque au même titre que sa langue.

En s’inspirant sur la pensée de Kafka, Gilles Deleuze et Félix Guattari avancent la notion de « littérature mineure ». Dans leur ouvrage capital et à renomméemondiale, Kafka. Pour une littérature mineure (1975), ces auteurs vont diffuser une définition de « littérature mineure » qui va dominer, pour longtemps, notamment les études littéraires. Ils définissent comme mineure une littérature « qu’une minorité fait dans une langue majeure » (Deleuze & Guattari, 1975, p. 29). Cette définition part des considérations de Kafka sur les « petites littératures », déjà mentionnées, et de ses réflexions portant sur son plurilinguisme et son rapport complexe à sa langue d’écriture (l’allemand). Ce qu’il importe de voir, c’est que cette acception de la littérature mineure s’inscrit en contresens avec la pensée de Kafka (Casanova, 1997 ; Thirouin, 2004).

Contrairement à Kafka, pour qui une littérature « mineure » est une littérature d’une nation émergente écrite dans une langue nationale, Deleuze et Guattari la définissent comme étant écrite par une minorité dans une langue majeure. Ils mettent l’accent sur la capacité des créateurs issus des groupes minoritaires à transgresser les normes linguistiques conventionnelles dans une écriture littéraire. Il convient de préciser que la réflexion de Deleuze et Guattari se développe à une période largement postérieure à celle de Kafka, où la défense des « minorités » s’inscrit dans un certain militantisme politique propre à la période postcoloniale. Ainsi, outre le caractère de « déterritorialisation » de la langue, ces auteurs postulent qu’une littérature mineure est intrinsèquement politique et « prend une valeur collective » : « […] son espace exiguë fait que chaque affaire individuelle est immédiatement branchée sur le politique. L’affaire individuelle devient donc d’autant plus nécessaire, indispensable, grossie au microscope, qu’une tout autre histoire s’agite en elle » (Deleuze & Guattari, 1975, p. 30).

Selon eux, la littérature mineure est par définition subversive ; son caractère mineur désigne avant tout « les conditions révolutionnaires de toute littérature au sein de celle qu’on appelle grande » (Deleuze & Guattari, 1975, p. 33). Aux côtés des productions littéraires d’un Juif tchèque écrivant en allemand ou d’un Ouzbek en russe, Deleuze et Guattari mentionnent celles des immigrés et de leurs descendants qui se voient ainsi d’emblée exclus du champ de la littérature nationale au prétexte d’une origine linguistique initiale différente. Dans cette perspective, la « littérature mineure » est définie par le seul prisme de domination culturelle et non par rapport à sa position objective dans le champ littéraire. L’approche de Deleuze et Guattari participera, par ailleurs, à la diffusion d’une image erronée de Kafka comme « le représentant typique d’une littérature mineure et le théoricien d’une pratique idéale (dite “mineure”) de la littérature » (Thirouin, 2004, p. 49).

Trois ans après la publication de Kafka. Pour une littérature mineure, Jacques Dubois propose une autre définition de ce concept de « mineur », plus proche d’une certaine manière de la pensée de Kafka. Dans son ouvrage classique sur L’Institution de la littérature (1978, rééd. 2005), Dubois définit « mineur » comme « minorisé » au sein de l’espace du champ littéraire. Ce caractère mineur ne renvoie donc ni à la capacité subversive d’une production littéraire dominée culturellement ni à l’usage d’une langue majoritaire par une minorité. Il s’agit des

« productions diverses que l’institution exclut du champ de la légitimité ou qu’elle isole dans des positions marginales à l’intérieur de ce champ. C’est ainsi qu’elles n’apparaîtront pas dans les manuels de littérature ou, si elles y apparaissent, elles se verront reléguées à part. L’institution n’est cependant pas indifférente à leur existence puisqu’elle a besoin des productions qu’elle “minorise”, en les considérant comme inférieures, pour mieux valoriser la “bonne littérature” » (Dubois, 2005, p. 189).

Si Jacques Dubois analyse le rapport à la domination, ce n’est pas dans une unique perspective de domination culturelle dont la littérature mineure aurait la capacité de mettre en lumière les mécanismes. Dans la mesure où ces productions littéraires subissent un rapport de domination et une « dépendance de l’institution dominante », elles sont obligées de se positionner vis-à-vis de l’institution de légitimation et « manifestent une réaction contre le système dominant ». Cela dit, elles ne sont pas pour autant automatiquement créatrices d’innovations stylistiques ou narratives : « Elles adaptent, elles imitent, elles démarquent, et l’échange se fait peu dans l’autre sens » (Dubois, 2005, p. 190).

En poursuivant son analyse, Jacques Dubois propose une typologie des littératures minoritaires qui ont pour trait commun la position dominée. Le premier groupe est constitué des « littératures proscrites » qui « peuvent être tenues pour contre-littératures » (p. 191). Le second inclut des littératures régionales, qui sont « géographiquement et culturellement coupées des lieux dominants de production-diffusion et éloignées des instances décisives de consécration » (p. 191). Dubois énumère également les « littératures de masse » qui « se voient, dès l’origine, destinées à des groupes sociaux tenus à l’écart des échanges culturels dominants […] [et] correspondent à des formes dégradées ou […] [sont] tenues pour des productions médiocres » (p. 192). Dans cette acception, la littérature mineure n’est pas porteuse d’un message politique fort allant à l’encontre du pôle littéraire dominant ; bien au contraire, elle reproduit la domination idéologique conçue comme un instrument de rentabilité financière. Sa position de dominée ne découle donc pas du caractère minoritaire de la langue employée ou de l’origine de l’auteur ; il s’agit d’une production à laquelle l’instance de légitimation littéraire n’accorde pas de légitimité. Enfin, Jacques Dubois inclut dans sa classification des « littératures parallèles et sauvages » comme lettres, journaux intimes ou graffitis.

Cette typologie permet de mettre en lumière le caractère dominé de certaines productions littéraires uniquement du point de vue institutionnel du champ littéraire donné où elles assument une fonction de valorisation de la « bonne littérature ». Parmi les travaux sur le caractère minorisé ou dominé des productions littéraires au sein de champs littéraires donnés, citons par exemple, ceux de Claude Grignon et Jean-Claude Passeron (1989), Anne-Marie Thiesse (1991a, 1991b), Pierre Bourdieu (1998), Bernard Lahire (2006), Claude F. Poliak (2006).

Les recherches qui ont été menées notamment à partir de la définition de Deleuze et Guattari ont, quant à elles, largement été nourries par des études postcoloniales, des Cultural studies ou encore des Subaltern Studies. En prenant comme objet des rapports de domination induits par les processus de colonisation, ces champs disciplinaires ont objectivement participé à l’approfondissement des notions de « mineur » ou « minoritaire ».

Ainsi, dans une perspective foucaldienne, Edward W. Said insistera sur la dimension discursive de l’orientalisme qui impacte le champ littéraire, le champ culturel, l’imaginaire, en créant explicitement ou implicitement des espaces dominants et dominés, majeurs et mineurs : « […] l’orientalisme est en fin de compte une vision politique de la réalité, sa structure accentue la différence entre ce qui est familier (l’Europe, l’Occident, “nous”) et ce qui est étranger (l’Orient, “eux”) » (Said, 2005, p. 59).

Dans une perspective gramscienne, les Subaltern Studies, nées à Delhi en 1982, favorisent la catégorie des populations « subalternes » où le caractère minoritaire s’exprime par la minorisation d’un groupe au point de le réduire au silence, par un « vaste projet, hétérogène et orchestré à distance, de constitution du sujet colonial comme Autre » (Spivak, 2009, p. 37). Notons que ces deux conceptions rejoignent les définitions de « majorité » / « minorité » de Deleuze et Guattari qui renvoient non à la majorité numérique mais à la capacité de domination et d’imposition d’un modèle de référence :

« Minorité et majorité ne s’opposent pas d’une manière seulement quantitative. Majorité implique une constante, d’expression ou de contenu, comme un mètre-étalon par rapport auquel elle s’évalue. Supposons que la constante ou l’étalon soit Homme-blanc-mâle-adulte-habitant des villes-parlant une langue standard-européen-hétérosexuel quelconque (l’Ulysse de Joyce ou d’Ezra Pound). Il est évident que “l’homme” a la majorité même s’il est moins nombreux que les moustiques, les enfants, les femmes, les Noirs, les paysans, les homosexuels…, etc. […] La majorité suppose un état de pouvoir et de domination, et non l’inverse » (Deleuze & Guattari, 1980, p. 133).

La pensée de Deleuze et Guattari a également inspiré les travaux du colloque « The Nature and Context of Minority Discourse », organisé à Berkeley en 1986 (JanMohamed & Lloyd, 1987), l’un des premiers à traiter intégralement des discours dits « minoritaires » et partant, les littératures dites « minoritaires » ou « mineures ». Selon les organisateurs de ce colloque, le discours minoritaire possède bien une fonction sociale bien définie : « décrire et définir les dénominateurs communs qui lient les différentes cultures minoritaires »1 (JanMohamed & Lloyd, 1987, p. 1).

Parallèlement, dans le cadre des théories postcoloniales, les études portant sur le caractère hybride de la rencontre de type colonial et postcolonial (Bhabha, 2007) ont permis de mettre l’accent sur le caractère politique et le rôle actif – agency (Butler, 2004) – des groupes dominés qui « négocient » à « la marge » (Fisher & David, 1993). Dans cette perspective épistémologique, le caractère minoritaire de certaines productions littéraires permet, même si c’est uniquement à « la marge », l’inscription de la différence et de la singularité dans l’espace de la collectivité nationale et met l’accent sur leur capacité à produire un métissage linguistique et sur leur aptitude subversive à proposer des nouveaux schèmes de pensée. Une telle littérature aurait une capacité singulière à puiser dans des thématiques et des stratégies stylistiques du divers (usage de l’oralité, du langage parlé, du métissage linguistique), caractère largement valorisé par ses propres créateurs. Ainsi, certains écrivains et critiques, à l’instar d’Aimé Césaire, poète et homme politique martiniquais, reprendront la définition de Deleuze et Guattari pour caractériser des littératures dominées nées des contextes post-coloniaux :

« Si l’on pouvait trouver, pour la littérature nègre d’expression française, une situation référentielle qui permette à un Européen d’en comprendre le caractère et le dynamisme, c’est peut-être le cas de Kafka, juif et Tchèque et écrivant en allemand, qui a inventé la notion de “littérature mineure” qu’il développe longuement dans son journal » (Césaire, 1993, p. 122).

Mais pour d’autres praticiens et théoriciens, comme pour Raphaël Confiant, l’application de cette notion, en occurrence à la littérature antillaise n’est pas pertinente :

« nous autres, auteurs de la créolité, ne nous considérons pas du tout comme une minorité mais bien comme une majorité (dans notre pays, la Martinique) […]. Ce qui signifie que, pour nous, il n’y a pas (ou il n’y a plus) de centre de la langue française qui serait Paris dont nous, Martiniquais, serions, à l’instar des Suisses, des Québécois ou des Maghrébins, l’une des nombreuses périphéries » (Confiant, 1993, p. 122).

Dans le prolongement des théories sur la domination coloniale et post-coloniale, y compris dans le champ discursif, ce sont justement des études sur les littératures dites francophones qui ont largement alimenté la conception-même de « minorité » et, partant, du caractère « mineur » ou « minoritaire » d’une production littéraire qui lui serait propre.

DES USAGES ACTUELS ET DES APPLICATIONS RÉCENTES DU CONCEPT

Ainsi les considérations sur les littératures mineures ou minoritaires couvrent des analyses qui vont des postulats faisant prévaloir la domination culturelle, singulièrement linguistique, à celles portant sur la place objective dans le champ littéraire.

Dans le cadre de ses travaux sur la littérature franco-ontarienne, François Paré avance la notion de « littérature de l’exiguïté » (Paré, 1972) qu’il définit comme des productions littéraires minoritaires, coloniales, insulaires, autrement dit celles qui « vacillent entre une gloire un peu surfaite et le désespoir de n’arriver à engendrer que de l’indifférence » (Paré, 1972, p. 9). La force et la portée de ces productions se trouvent dans leur vitalité. Leur impact est inversement proportionnel à leur diffusion : majeur dans le milieu d’origine, marginal sur le plan global. François Paré reterritorialise ainsi la littérature minoritaire allant dans le sens initial que lui donne Kafka, mais il également rejoint d’une certaine manière la réflexion de Deleuze et Guattari en expliquant que tout en étant relativement invisible dans le champ littéraire mondial, ces espaces possèdent une certaine résistance à l’hégémonie des cultures.

Dans le contexte canadien, la singularité du Québec inscrit d’emblée le débat théorique dans les enjeux et les tensions de la francophonie et de l’identité multiculturelle de cette province. Pour décrire la production littéraire du Québec, Michel Biron propose le terme de littérature « liminaire », en l’empruntant à la théorie du sociologue américain Victor W. Turner. Ce dernier travaille sur des groupes situés en marge des institutions et non structurés autour de la conception moderne du pouvoir mais autour de l’expérience de « liminarité ». Pour Biron, « Dans le contexte de liminarité, il ne s’agit plus de s’élever socialement, mais d’étendre la zone de proximité, soit en abaissant ce qui se donne pour sacré ou autoritaire, soit en rapprochant ce qui semble lointain » (Biron, 2000, p. 13). La critique québécoise Lise Gauvin donne à ces productions francophones à la pratique langagière spécifique le terme de « littératures de l’intranquillité », qu’elle emprunte au poète portugais Fernando Pessoa (Gauvin, 2003, p. 38).

Ces significations et considérations différentes sur la littérature « mineure » ou « minoritaire » interrogent de manière générale les rapports entre langue et littérature, norme dominante et dominée, rapports dont le résultat est la relégation à la périphérie par l’institution de légitimation littéraire. Se pencher sur la littérature « migrante », coloniale ou postcoloniale, insulaire, francophone, voire « beur », revient souvent à mettre l’accent sur la pluralité de pensées et la diversité linguistique. Elles s’opposeraient ainsi de manière consciente à un système dominant en proposant de nouveaux paradigmes de la perception du champ littéraire, en focalisant davantage l’attention sur une multiplicité de lieux de production que sur la centralité de l’institution. De l’autre côté, une analyse des productions littéraires dominées, non nécessairement produites par des groupes « ethnoculturels » minoritaires ou considérés comme tels, permet de dégager leur caractère minoritaire – parfois même en dépit d’une représentativité numérique – au sein du champ. Toutes ces productions partagent néanmoins une certaine relégation à la marge en termes de légitimité. Que ce soit seulement une production artistique ou un projet politico-culturel d’affirmation d’autonomie, les littératures « minoritaires » ou « mineures » permettent de manière singulière « de mettre en lumière les rapports complexes et contradictoires entre le politique (le national, le communautaire, et parfois l’État), le marché et le jeu littéraire »2 (Lahire, 2012, p. 412).

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Notes

  1. « … to describe and define the common denominators that link various minority cultures » [notre traduction en français].

  2. « […] the study of minority literatures allows us to shed light on the complex and contradictory relations between the political (the national, the communal, and sometimes the State), the market, and the literary game » [version originale en français de Bernard Lahire]


Pour citer cet article :

Ewa Tartakowsky, « Minoritaire, mineur », dans Anthony Glinoer et Denis Saint-Amand (dir.), Le lexique socius, URL : http://ressources-socius.info/index.php/lexique/21-lexique/159-minoritaire-mineur, page consultée le 22 octobre 2017.